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Quoique battu à Thielt, puis à Oostcamp, cela n'abattit pas le courage de Thierry. Il se mit sans délai en mesure de tenter de nouveau le sort des armes ; car ses ennemis ne lui laissaient aucun repos, surtout depuis que la fortune avait accru leur espoir et leur audace. Ils menaçaient Alost, ville située entre Gand et Bruxelles, et qui faisait partie de la Flandre impériale. L'Alsacien s'y jeta suivi d'Iwan, de Daniel et de ses plus braves chevaliers. Aussitôt Cliton et le duc de Louvain son allié, arrivèrent sous les murs de cette place et l'investirent (I I juillet). Le sort de la Flandre dépendait de ce siège. Thierry paraissait perdu; mais la Providence avait marqué l'heure fatale de Guillaume de Normandie. Rempli d'orgueil et de bravoure, sûr peut-être de la victoire, le jeune Normand se porta le 27 juillet, quinzième jour du siège, près des retranchements, au moment d'une attaque. Du haut de son cheval, il frappait d'estoc et de taille, lorsqu'un homme d'armes Nicaise Borluut, lui décocha un trait d'arbalête qui le renversa par terre. Cliton blessé grièvement se releva, saisit sa dague pour combattre à pied. Un servant d'armes s'aperçut de se mouvement, se précipita sur lui, la pique en arrêt, lui perça la main et lui enfonça le fer dans la poitrine. Guillaume blessé mortellement fut, en secret, transporté à l'écart. Le servant d'armes fut tué sur place avant qu'il pût prendre la fuite, de sorte que les assiégés ignoraient ce fatal évènement. La guerre devait cesser puisque le seul obstacle à une pacification générale n'existait plus. Immédiatement le duc de Louvain réclama une entrevue de Thierry, et le pria d'accorder à Guillaume Cliton, la faculté de se retirer du siège avec les siens. Thierry, quoiqu'étonné d'une semblable proposition y accéda volontiers. Lorsque le duc de Louvain eut reçu la parole de son ennemi, il lui dit : « Seigneur Thierry, te « voilà seul comte de Flandre; Guillaume de Normandie, « cet audacieux adversaire que ton courage poursuivit « avec tant d'acharnement, vient d'expirer des suites « d'une blessure mortelle. » Cliton mourut après deux jours d'horribles souffrances, et laissa la couronne de Flandre à Thierry d'Alsace, son heureux compétiteur.

Ainsi péril à vingt-sept ans, le petit-fils de Guillaumele-Conquérant, celui qui était appelé à régner sur l'Angleterre et sur le duché de Normandie, celui dont une mort cruelle termina les aventures et les malheurs. Cet infortuné prince, jouet du sort, éprouvé tant de fois par les rigueurs de la fortune, mourut, à la fleur de l'âge, victime de ses ardentes passions, qui n'avaient pu être adoucies par Iage et l'éducation.

Le corps de ce brave guerrier fut transporté à l'abbaye de Saint-Bertin à Saint-Omer, où il fut inhumé, en habit religieux, dans un tombeau de marbre. Ce monument existait encore avant la destruction de cette abbaye en 1799.

Guillaume de Normandie fut loin d'être un prince

sage, et son règne fut aussi malheureux pour la Flandre que pour lui, mais les Audomarois ne peuvent

oublier qu'ils lui doivent de la reconnaissance pour leurs libertés et leurs franchises. Ils voulurent en 1810, 1841, 1846 et encore en 186o, rappeler ce grand évènement, par de magnifiques fêtes historiques, représentant l'entrée solennelle de Cliton à Saint-Omer; fêtes qui attirèrent, dans cette ville, un concours considérable d'étrangers.

En nous étendant sur l'histoire du règne de Guillaume Cliton, nous sommes peut-être un peu sorti du cadre de notre ouvrage, mais le lecteur nous passera volontiers, pensons-nous, cette digression, puisqu'il y a peu de pages aussi intéressantes pour l'histoire de la Flandre que celles que nous venons d'esquisser. D'ailleurs toutes les branches des sciences archéologiques se tiennent et donner un récit qui nous fait assister à un drame du commencement du XIIe siècle, et qui nous trace une si fidèle peinture des mœurs du temps, n'est-ce pas, pour ainsi dire, nous livrer à un travail utile, afin de pénétrer plus avant dans le génie d'une époque, que nous devons étudier désormais sur le flan d'une petite médaille.

Nous donnons la description du denier que nous croyons pouvoir attribuer à Guillaume le Normand.

69. Le comte debout vélu d'une colte de mailles, et portant un casque pointu avec visière. Il tient une épée et un bouclier avec un champ gironné.

R' Croix longue cantonnée de quatre annelets ; au lieu d'une légende, quatre astériques accostés chacun de deux annelets.

Au. Petit denier, poids » 33 c.
Pl. II n° 26.

Ce denier est plus ancien que ceux, au même type, frappés à Bruges ; son analogie avec les n°* 31, 32 et 33 de nos planches, son faire et surtout son aloi, le rattachent évidemment à la numismatique audomaroise.

Sur ce curieux denier, l'effigie comtale tient de la main droite une épée, et porte un écu gironné, tout comme sur les petits deniers plus connus de Bruges 1, qui ont, comme on le sait, un type presque semblable. Cette circonstance nous engage à dire quelques mots sur l'origine des anciennes armes gironnées des comtes de Flandre, et celles également gironnées de l'abbaye de S'-Bertin. M. Kervyn de Lettenhove dans son Histoire de Flandre croit pouvoir admettre que le monastère de Saint-Bertin emprunta le giron au\ comtes de Flandre 2 ; un autre savant M. Henri de Laplane 3 incline vers cette opinion et semble repousser une erreur assez généralement répandue, on ne sait trop pourquoi, qui consiste à considérer les armes de l'abbaye de Saint-Bertin comme empruntées à celles de Clèves, avec qui le monastère n'eut jamais aucun rapport. Mais il est échappé à ces deux auteurs que déjà Vredius avait remarqué l'analogie qui existe entre l'ancien écu de Flandre et celui de Saint-Bertin. Publiant dans ses Siyilla i le tombeau de Guillaume Cliton, enseveli au

1 Gaillard. Recherches. pl. VIII 1 T. i. (1re édition), p. 9i. noie.

* Histoire des Abbés de Saint-Bertin. t. H, appendice p. 520. 'Sigilla comitum flandriœ. Brugis 1639. p. 12 et suivantes.

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