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sarcasme violent contre Postumus. On ne saurait soupçonner Juvénal d'avoir conseillé ni même toléré cette infamie.

L'auteur de tant de recherches curieuses et non moins philosophiques, le savant de Paw, s'explique ainsi sur la cause et les progrès de ce vice inconcevable, dont Juvénal a déjà trop parlé, et dont l'exemple des Grecs infecta les Romains. -« Chez les Athé<< niens, la beauté individuelle fut plutôt le partage des jeunes << hommes que des jeunes femmes; d'où il résulta, dans le cours << des passions humaines, un écart qui a beaucoup étonné la pos« térité, mais dont on a jusqu'à présent ignoré la véritable <<< cause, etc.- Eschine assure que le plus beau des Grecs n'égalait << pas le plus beau des Athéniens. » Recherches philosophiques sur les Grecs. Berlin, 1788, page 5.

10. Mais Ursidius veut obéir à la loi Julia, v. 38. J'ai dit, satire 2, note 12, page 55, qu'on avait compris sous le titre commun de loi Julia plusieurs lois portées tant par Jules-César que par Auguste. Ce dernier avait promulgué celle dont il s'agit ici contre les célibataires, afin de repeupler la ville, dévastée par les guerres civiles. J'ai eu soin de marquer le dialogue: car Ursidius n'est pas le même personnage que Postumus, comme quelques-uns l'ont cru.

11. Aux surmulets, v. 40. Mullorum jubis est pour jubatis mul– lis. Dusaulx a supprimé ces détails et s'est contenté de l'expression de bons morceaux. Il n'est pas dans la manière de Juvénal de généraliser ainsi. Je m'étonne que Dusaulx qui, un peu plus haut, a cru devoir traduire glandem ructante, ait retranché ici turture magno et mullorumque jubis. J. P.

12. Tel que Latinus, v. 44. Ce Latinus était un mime qui, dans quelque farce, représentait les terreurs d'un adultère surpris par le mari.

13. De toucher les bandelettes de Cérès, etc., v. 5o. On célé– brait dans Athènes plusieurs fêtes en l'honneur de cette déesse; voici les principales: Eleusina, Thesmophoria, Demetria, Haloa, Epiclidia, Proerosia, Chloia, etc. Les Éleusines et les Thesmo

phories passèrent des Grecs aux Romains: ceux-ci les célébraient pendant huit jours.

14. Et dont un père ne redoutát les embrassemens, v. 51. Les dames romaines, dit Plutarque (Vie de Romulus), baisent encore aujourd'hui leurs parens et leurs maris, parce que les Troyennes qui abordèrent en Italie, après avoir brûlé leurs vaisseaux, avaient baisé de même et caressé leurs maris pour les apaiser. Il est singulier d'assigner une époque fixe à un usage fondé sur la nature, et commun à toutes les nations. On lit dans Pline (liv. XIV) que les anciens Romains avaient introduit la coutume de se baiser tous les jours entre parens, afin de savoir si leurs femmes ne sentaient point le vin; mais il s'agit, dans Juvénal, des ardeurs in

cestueuses.

15. Qu'elle vive seulement dans Fidène ou dans Gabie, comme elle a vécu dans les champs, v. 56. On n'a pas, je crois, entendu Juvénal, quand on a traduit Qu'elle vive dans Fidène, etc. Il ne faut pas oublier que, du temps de l'auteur, Fidène et Gabie étaient des villes presque désertes, et qu'il ne peut les citer ici que pour en tirer une induction contre la vertu des femmes dans une ville telle que Rome, puisque, même à Fidène et à Gabie, il regarde déjà comme impossible qu'elles conservent la vertu et l'innocence de la campagne.

J. P.

16. Dès que le lascif Bathylle, etc., v. 63. Bathylle, fameux pantomime, natif d'Alexandrie, vint à Rome pendant le règne d'Auguste, et fut affranchi de Mécène (Athen., lib. 1). Pilade et lui créèrent un nouveau genre de danse, qu'ils portèrent au plus haut degré de perfection. Il n'était question que des spectacles de Pilade et Bathylle. On appelait pantomimes, chez les Romains, des acteurs qui, par des mouvemens, des signes, des gestes, et sans s'aider de discours, exprimaient des passions, des caractères et des évènemens.

Observons cependant qu'avant ces deux pantomimes, il en existait d'autres dès le temps de la république; mais alors on ne les employait que dans les pièces de théâtre, soit tragiques, soit comiques ou satiriques. Un acteur dansait ou déclamait, et un autre

gesticulait. Ce furent Pilade et Bathylle qui introduisirent la danse des pantomimes; qui n'avait jamais paru seule; voilà seulement ce qu'a voulu dire Zosime, liv. 1, page 7, édition de 1612.

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17. Thymèle est immobile d'attention, l'innocente Thymèle prend leçon, v. 66. J'ai adopté la ponctuation nouvelle de l'édition de M. Lemaire elle m'a paru expliquer ce passage, que les commentateurs et les traducteurs ont interprété d'une manière peu satifaisante : ils veulent que subitum et miserabile se rapporte à attendit; selon eux, ce sont des noms relatifs aux gestes et aux attitudes des pantomimes. Mais il reste toujours la difficulté de voir tout cela sous les expressions attendit subitum et miserabile, longum. Dusaulx traduit: Thymèle exprime-t-elle la volupté, les femmes rustiques étudient ses mouvemens. C'est étrangement faire violence au texte. Avec notre ponctuation, tout devient de la plus grande clarté. J. P.

18. Pendant le long intervalle, etc., v. 69. L'intervalle était de cinq mois. Les jeux Mégalésiens, qui se célébraient pendant six jours, furent institués l'an de Rome 550, en l'honneur de Cybèle, et à l'occasion de la statue de cette déesse, que l'on avait transportée de Pessinunte à Rome. Pendant ces fêtes, on représentait les comédies les plus estimées. Toutes celles de Térence furent jouées aux jeux Mégalésiens, excepté les Adelphes, qui le furent aux jeux funèbres de Paul-Émile, et le Phormion, qui le fut aux jeux Romains.

19. Et la ceinture d'Accius, v. 70. Les acteurs qui se produisaient nus sur la scène avaient une espèce de tablier ou de ceinture que Juvénal appelle subligar, et Cicéron subligaculum. Cette pièce de l'ajustement des histrions servait à couvrir et à contenir les parties de la génération. Cicéron remarque, dans ses Offices, que personne n'aurait osé paraître autrefois sur la scène sine subligaculo.

20. L'exode d'une atellane, v. 71. Les atellanes, à Rome, étaient des tragédies mêlées de sérieux et de plaisant : l'exode y était ce qu'est maintenant chez nous la petite pièce. L'acteur qui

avait représenté dans l'atellane, continuait de jouer dans l'exode, sous le même masque et avec les mêmes habits: il ne faisait, pour ainsi dire, que prolonger son rôle en le dénaturant. Le rôle du comédien dont il s'agit ici était celui d'Autonoé. ( Mémoires de l'Académie des Inscriptions, tome 1, page 214.)

21. Quoique ce ne soit qu'à grands frais que les femmes peuvent briser la boucle d'un comédien, v. 73. Il s'agit ici d'une opération pratiquée par les anciens pour conserver aux jeunes gens la santé, aux gladiateurs la force, aux acteurs la voix ; elle s'appelait infibulation; son objet était d'empêcher ceux que l'on bouclait ( car l'infibulation n'était rien autre chose) d'avoir commerce avec les femmes.

22. Un histrion, v. 82. Saumaise (Hist. August., page 328) prétend qu'il faut lire ludum; pour moi, je crois que l'on ne risque rien de lire ludium: versus est hypermeter; dactylus in fine pro spondæo, cujus rei non adeo rara apud Græcos et Latinos poetas exempla. Les gladiateurs s'appelaient ludii, et l'endroit où ils s'exerçaient ludus.

23. La monstrueuse turpitude de nos mœurs révolta les habitans même de Canope, v. 84. Canope, ville d'Égypte, éloignée de cent vingt stades d'Alexandrie, vers une des embouchures du Nil, qui en a tiré son nom, et est appelée Canopique. Les stades dont il s'agit ici sont de dix par mille, suivant le calcul ordinaire de Strabon (liv. XVII). Les habitans de cette ville étaient fort décriés pour leurs débauches. On a présumé que c'était la patrie de Claudien; mais Suidas dit qu'il était d'Alexandrie. Il y a maintenant un château au même endroit où était Canope: on l'appelle Abukir, et, suivant la prononciation européenne, Bekier.

Quant à la fameuse ville de Lagus (vers 83), il s'agit d'Alexandrie. Lagus, simple soldat de l'armée d'Alexandre, fut père de Ptolémée, qui régna dans cette ville. Juvénal l'appelle fameuse à cause de son luxe et de ses voluptés.

24. Elle abandonne les jeux, elle renonce à Páris, v. 87. L'histoire parle de deux Pâris. Le premier, célèbre pantomime et dé

lateur d'Agrippine, était affranchi de Domitia, tante de Néron. Ce prince, voulant qu'il lui apprit à danser, le fit mourir parce qu'il n'y réussit pas (SUET., in Neron., §. 54.) Le second, originaire d'Égypte, éprouva le même sort de la part de Domitien. Voyez DION CASS. Vraisemblablement il s'agit ici du dernier, parce qu'il était plus voisin du temps où Juvénal composa ses satires.

25. Un autre Véienton, v. 113. Véienton, mari d'Hippia.

26. Vois quels furent les rivaux d'un mortel égal aux dieux, v. 115. On sait quelle fut la puissance des empereurs, et l'idée qu'on s'en formait. Virgile a dit :

Divisum imperium cum Jove Cæsar habet.

Ainsi par rivales divorum, Juvénal entend les amans de Messaline, et par conséquent les rivaux de Claude.

27. Sortait du palais, suivie d'une seule confidente, v. 119. Cette confidente, selon Pline (liv. vII), était l'une des plus fameuses prostituées que l'on connût à Rome; il ajoute qu'elle l'emportait souvent sur sa maîtresse : eamque die ac nocte superavit quinto et vicesimo concubitu.

28. Sous le nom de Lycisca, etc., v. 123. Les mauvais lieux de Rome étaient distribués en petites cellules, sur les portes desquelles on lisait les noms de chacune des courtisanes qui les habitaient.

29. Messaline toute nue, la gorge retenue par un réseau d'or, etc., v. 122. Gonçales (ad Petron., pag. 94) nous apprend que nudæ prostabant olim in cellis meretrices. Catulle (liv. XIII, 65) parle d'une femme dont la gorge n'était point retenue par le réseau dont il s'agit :

Non tereti strophio luctantes vincta papillas.

Au reste, le papillis auratis de Juvénal signifie aurea fascia cohibitis.

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