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la faisaient construire de manière qu'ils pouvaient la fermer quand ils le voulaient. Les femmes ne se servirent point de cette sorte de voiture jusqu'au règne de Claude; elles usaient de la basterne, dont l'épigramme suivante donnera la description:

Aurea matronas claudit basterna pudicas,

Quæ radians latum gestat utrumque latus.
Hanc geminus portat duplici sub robore burdo,
Provehit et modice pendula septa gradu.
Provisum est caute, ne, per loca publica pergens,
Fucetur visis casta marita viris.

60. Mes pieds, etc., sont encore déchirés par les clous de la chaussure d'un soldat, v. 248. La chaussure militaire que les Romains appelaient caliga, était faite d'une grosse semelle d'où partaient des bandes de cuir qui se croisaient sur le pied, dont elles laissaient voir par intervalles la chair nue: quelquefois une de ces bandes passait entre le gros orteil et le suivant, pour tenir la chaussure plus ferme : souvent on attachait des clous sous la semelle, probablement afin d'empêcher que le soldat ne glissât, quand il gravissait ou descendait les montagnes. Au reste, la chaussure des Romains différait peu de celle des Grecs. Il y en avait de plusieurs sortes, qui étaient relatives aux différens états, et distinguées par des noms différens, le calceus, le mulleus, le pero et le phæcasium, qui couvraient entièrement le pied; le solea, le crepida, le baxeæ et le sandalium, qui laissaient en partie le dessus du pied à découvert. Les sénateurs portaient une chaussure à lunule, dont il sera parlé satire 7.

61. Sa tunique, nouvellement recousue, en est réduite en lambeaux, v. 254. Les Romains ne portèrent d'abord qu'une seule tunique de laine sur la chair; mais dans la suite ils en portèrent deux comme les Grecs, et quelquefois trois. La première, qui leur tenait lieu de chemise, et qui était quelquefois de lin (car le linge leur était inconnu), s'appelait tunica interior; elle était fine, sans manches, et ne descendait qu'au dessus des genoux. Celle des femmes était plus ample et plus longue. La seconde, appelée tunica exterior, tunique extérieure, avait plus d'ampleur et de longueur que l'autre ; les manches en étaient fort larges, mais si

courtes qu'elles n'allaient pas jusqu'au coude. Ces deux tuniques étaient communes aux deux sexes. Elles étaient l'une et l'autre

justes au cou, de sorte que les femmes qui les laissaient ouvertes par le haut, passaient pour indécentes. C'était sur la tunique extérieure que se mettait la toge. Comme cette tunique était fort ample, on prenait une ceinture pour l'arrêter, pour la retrousser par devant et par les côtés. Ceux qui faisaient peu d'usage de leur ceinture, affectaient un air de négligence ou de mollesse trop marqué; de là ces expressions alte cincti et discincti, pour peindre le caractère d'un homme courageux ou efféminé. C'est un reproche que Cicéron fait aux complices de Catilina, parce qu'ils portaient des tuniques qu'ils laissaient tomber sur leurs talons: cum tunica talari. Il n'y avait que le peuple qui portât la tunique sans robe, comme le dit Horace : popellus tunicatus..... Un patricien n'aurait osé paraître à Rome en tunique sans toge.

62. Cependant l'on attend ces infortunés au logis, v. 261. J'ai trouvé dans la traduction : Cependant les compagnons de l'un de ces infortunés l'attendent au logis. Pourquoi de l'un de ces infortunés ? N'est-il pas évident que le poète parle d'une manière générale, quoiqu'il emploie le singulier? J. P.

63. Chacun vaquant à son ouvrage.... prépare les frottoirs, v. 262. Il s'agit ici d'un instrument de bain appelé strigilis, étrille. La matière de cette espèce de râcloir était la corne, l'ivoire ou le métal. On y distinguait deux parties, le manche, capulus, dans le vide duquel on pouvait, par les côtés, engager la main dont on empoignait l'instrument; et la languette, ligula, courbée en demicercle', creusée en façon de gouttière, et arrondie dans son extrémité la plus éloignée du manche; ce qui faisait une espèce de canal pour l'écoulement de l'eau, de la sueur, de l'huile, et de tout ce qui se séparait de la peau par le mouvement de cette sorte d'étrille. Spartien raconte que l'empereur Adrien, qui se baignait souvent avec le peuple, aperçut un vieux soldat qui, n'ayant personne pour lui râcler la peau, se frottait le dos contre le mur du bain : l'empereur lui rendit le service dont il avait besoin, et lui procura de quoi se faire servir désormais. Le lendemain plusieurs vieillards tentèrent le même moyen pour attirer sur eux les regards et

la libéralité du prince; mais cette fois il se contenta de leur faire distribuer des étrilles, et leur ordonna de s'étriller réciproquement les uns les autres.

64. Le seul vœu raisonnable dans cette conjoncture, c'est de n'être qu'arrosé, v. 277. Le P. Tarteron rend cet endroit avec sa naïveté ordinaire : « Ce que vous pouvez souhaiter de mieux, dit-il, est qu'on ne vous casse pas la tête avec le pot, mais qu'on se con<< tente de vous coiffer de ce qui est dedans. »

Au lieu d'effundere, il faut écrire defundere; c'est, suivant Turnèbe, la leçon des anciens manuscrits.

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65. Couché tantôt sur le ventre, tantôt sur le dos, etc., v. 280. Cet endroit est imité de deux vers d'Homère dont voici la traduction latine :

Nunc lateri incumbens, iterum post paulo supinus
Corpore, tum pronus, tum surgens, denique rectus.
Iliad., lib. xxIV.

66. Quoi! il ne pourra dormir sans une querelle ? v. 281. Grangæus propose de mettre un point d'interrogation après dormire. Je ne crois pas qu'il y ait à balancer : ce point coupe le récit d'Umbritius; ce qui est très-conforme au style de Juvénal.

67. Et la lumière de vingt flambeaux, v. 285. Les flambeaux des anciens étaient de bois séché au feu ou autrement: ils en employaient de différentes sortes; celui dont on se servait le plus ordinairement était le pin. Pline rapporte que de son temps on employait aussi à cet usage le chêne, l'orme et le coudrier. Dans le septième livre de l'Énéide, il est parlé d'un flambeau de pin; et Servius remarque sur ce passage, que l'on en faisait aussi de cornouiller.

68. Où loges-tu, dans quel bouge ? v. 296. Proseucha était le lieu où les Juifs s'assemblaient pour prier; et c'est aujourd'hui ce que nous appelons synagogue, dans les villes où les Juifs sont tolérés (Voyez P. Leopardi emendationes, p. 65). L'ivrogne en question, pour insulter son concitoyen, lui parle comme à un Juif, dont la

nation était fort méprisée chez les Romains. Il lui parle de synagogue. On voit dans Philon (tom. 11, p. 568) que les Juifs en avaient déjà plusieurs à Rome du temps d'Auguste: Magnam partem urbis Romæ trans Tiberim non ignoravit teneri et habitari a Judæis.... Norat esse iis proseuchas in quibus convenirent septenis maxime diebus, quo tempore publice instituantur de avita sapientia.

69. Une seule prison suffit à Rome, etc., v. 314. La construction de la prison dont il s'agit ici fut commencée par Ancus Martius, et finie par Servius Tullius, sixième roi de Rome. On l'appelait carcer Tullianus. Elle fut encore nommée carcer Mamertinus, parce que le préteur L. Pinarius Mamertinus l'avait fait réparer. Elle est, dit Salluste, ténébreuse, fétide, et d'un aspect terrible : Inculta tenebris et odore fœdo, atque terribilis ejus facies est. On a bâti sur ces antiques cachots, qui existent encore au pied du mont Capitolin, une église dédiée à saint Joseph.

Qu'aurait dit Juvénal de l'époque récente et funeste où la plupart des édifices de la France furent convertis en prisons? de la France couverte de sang et de scellés ? L'histoire le dira, la postérité n'en voudra rien croire.

70. Déjà, à plusieurs reprises, le muletier, en agitant son fouet, a donné le signal du départ, v. 317. J'ai rétabli adnuit, qui se trouve dans la plupart des manuscrits, et qui s'explique fort bien. J'ai cru devoir aussi changer la version de Dusaulx. Il a traduit, Le muletier m'a fait signe de son fouet à plusieurs reprises. Je pense que Juvenal a voulu parler seulement des coups de fouets répétés, que les muletiers de son temps, comme les cochers du nôtre, faisaient entendre à leur départ. J. P.

71. Lorsque tu viendras dans Aquinum, v. 318. Aquinum, cité des Volsques, dans la Campanie, et patrie de Juvénal; maintenant Aquino, ville épiscopale de la terre de Labour, au royaume de Naples.

SATIRE IV.

LE TURBOT.

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