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trait injuste et dénigrant que Condorcet a tracé du savant numismate et archéologue, dans sa Vie de Voltaire, si celle-ci n'avait pas vu le jour un an seulement avant la mort de Cochin.

Un passage des notes de Cochin qui mérite encore d'être signalé, est une digression relative au fastueux fermier général Etienne-Michel Bouret (p. 138). « Ce personnage moitié fou, moitié grand, mais surtout se croyant fait pour attirer les yeux, fermier général et fermier des postes, célèbre pour avoir approvisionné une province en mettant la disette dans une autre, ce qui fut cause qu'on lui frappa une médaille dans un lieu, tandis qu'on l'auroit pendu dans l'autre ; ce personnage, dis-je, avoit mangé des millions à bâtir d'une manière extravagante, payé tout, avec un faux air de noblesse, d'un argent qui ne lui coûtoit guère à gagner, de même que font tous ses chers confrères; il avoit joint à cela toutes les autres folies qui peuvent passer par la téte d'un financier impudent. Il étoit enfin prest à manquer à ses créanciers, malgré les sommes énormes qui avoient passé par ses mains, lorsque M. de la Borde, banquier de la cour, eut l'humanité de venir à son secours. Il exigea de lui qu'il se restreignît pendant six ans à quinze mille livres par an, et, pendant cet intervalle, raccommoda ses affaires. Cela est beau, sans doute, mais un homme sage et honnête qui auroit manqué la fortune par de véritables malheurs, ne rencontreroit pas ces secours. Il est avantageux de faire beaucoup parler de soy, fût-ce par des folies '. »

Dans son introduction (p. 16), M. Henry mentionne parmi les compagnons de Caylus dans la Société du bout du banc un personnage du nom de Salley. Cette orthographe, qui se rencontre aussi dans la notice sur la vie et les æuvres de Caylus, par M. Octave Uzanne?, est fautive. Il faut lire Sallé, nom du secrétaire du comte de Maurepas 3. C'est par une petite erreur bibliographique que le format des euvres badines du comie de Caylus est indiqué in-1 2 (p. 17). Ce recueil forme 12 volumes in-80. Enfin, page 100, remarque !", lisez purent, au lieu de « peuvent, , qui jure avec « ont eu », qui vient à la ligne suivante.

C. DEFRÉMERY.

1. On peut voir sur Etienne-Michel Bouret l'intéressant volume intitulé : PierreClément-Alfred Lemoine. M. de Silhouette, Buuret, les derniers fermiers généraux. Etudes sur les financiers du xviiio siècle. Paris, Didier, 1872, 1 vol. in-12, et surtout pag. 158, 163, 172. Voyez encore la belle publication qui a pour titre : Une famille de finance au xviie siècle. Mémoires, correspondances et papiers de famille réunis et mis en ordre, par M. Adrien Delahante. 2e édition. Paris, 1881; in-8', t. II, pp. 212-214. 2. En tête des Facélies du comte de Caylus, Paris, A. Quentin. 1879, in-8", p. :1.

3. Cf. Collé, apud Fr. Barrière, La cour et la ville sous Louis XIV, Louis Xvet Louis XVI. Paris, 1830, in-8°, p. 134.

CHRONIQUE

ALLEMAGNE Sous le titre d'Altdeutsche Bibliothek doit paraître, à Halle, chez le livraire Max Niemeyer et sous la direction de M. Hermann Paul, professeur à l'Université de Fribourg, une collection des plus importants monuments de la littérature du moyen âge. Cette collection a pour but de rendre accessibles à chacun des auvres publiées jusqu'ici dans des éditions fort coûteuses. Le texte sera soigneusement revise; en tête de chaque volume figurera une introduction, de forme concise, sur la valeur littéraire de l'ouvrage, sur le texte, sur la méthode critique suivie par l'éditeur; les cuvres en bas-allemand et en ancien haut-allemand, d'ailleurs peu nombreuses, qui seront publiées dans cette collection, ainsi que les cuvres en moyen haut-allemand, qui sont lues dans les classes, comprendront en outre un petit dictionnaire. Le jer volume de la collection renfermera les poésies de Walther von der Vogelweide, publiées par M. 11. PAUL; viendront ensuite l'Heliandp. p. 0. BE!AGHEL ; l'Evangelienbuch d'Otfrid, p. p. R. Kegel; Reiniard Fuchs, p. p. K. REISSENBERGER; Gudrun, p. p. Barend Simons; les asvres de Hartmann von Aue, P. p. H. PAUL; Tristan, p. p. H. Paul; Jeier Heimorchi, p. p. W. BRAUNE; Reineke Vos, p. p. Fr. Prien. La librairie assure que le prix de chaque volume sera fort peu élevé,

- M. Bernhard Suphan vient de publier un nouveau tome des oeuvres complètes de Herder, le XVI[me (Herders sæmmtliche Werke, siebzehnter Band. Berlin, Weidmann. In-8°. 414 p). Ce tome renferme les six premiers recueils Sammlung) des « Briefe zu befærderung der Humanitæt; il contient donc en un seul volume les trois premiers volumes de l'édition publiée par Hartknoch, à Riga, en 1793, 1794 et 1795. Le tome suivant, qui sera le XVIIIe, renfermera les quatre derniers Recucils, des appendices tirés des papiers manuscrits de Herder, les petits écrits des années 17861766 ainsi qu'un avertissement de M. Suphan et des notes ct remarques concernant les dix recueils des Briefe zu Befærderung der Humanitæt.

– M. H. JANITSCHEK, professeur à l'Université de Prague, pulliera prochainement sur Léon-Baptiste Alberti (mort en 1472) un travail d'ensemble qu'on n'avait pas encore sur ce génie, le plus varié de la ire Renaissance et qui a été le vrai précurseur de Léonard de Vinci.

ÉTATS-UNIS. – On annonce la prochaine publication d'un ouvrage en deux vo. lumes, avec illustrations, sur les tribus indiennes des Etats-Unis, leur histoire, leurs antiquités, etc. L'auteur est M. Francis S. Drake éditeur, Lippincott).

- Il est question de publier sous le titre de Biblioteca de los Americanistas une série d'ouvrages relatifs à l'histoire et aux langues du Nouveau-Monde, les uns excessivement rares, les autres encore manuscrits. Le premier volume serait la Recordacion florida, inédite, du capitan Fuentes y Guzman (1690). GRÈCE.

L'ambassadeur de Turquie à Londres, Musurus (Moussouros) Pacha, doit publier prochainement chez les éditeurs Williams et Norgate une traduction grecque de l'Enfer de Dante. La Divine Comédie vient d'être traduite en grec par M. Georges ANTONIADES.

- Les fouilles entreprises par la Société d'archéologie grecque à Epidaure ont eu pour résultat la découverte du théâtre d'Esculape qui contenait, paraît-il, près de 30.000 spectateurs.

INDES. – Prochainement paraîtra, par les soins du gouvernement de Ceylan, l'ouTrage de M. Edward Müller sur les inscriptions de Ceylan, M. Müller a séjourné quatre années dans l'ile; son volume comprendra à peu près 200 pages.

ITALIE. - Un comité, présidé par M. A. Vanucci, s'est formé à Rome, dans le dessein d'élever un monument à Salluste, à Aquila, dans les Abruzzes (ville bâtie sur l'emplacement de l'ancienne Amiternum, où est né l'historien). Parmi les membres du comité on cite MM. Victor Hugo, Mignet, de Sybel, Overbeck et Max Müller. Un comité local s'est également formé dans la ville d'Aquila, pour y réunir une collection de manuscrits et d'éditions rares de Salluste, ainsi que de monographies, de médaillons, d'inscriptions, etc., relatifs à l'historien.

- L'éditeur Hoepli, de Milan, doit publier les Lettres de Cavour, déjà connues ou inédites, en trois volumes.

– Faute de fonds suffisants, l'expédition italienne, dirigée par le lieutenant Bove, abandonne le projet d'aller au pôle sud et se bornera à explorer les côtes de la Patagonie et de la Terre-de-Feu.

Les Vuées d'Aristophane viennent d'être traduites en vers italiens par M. Aug. FRANCHETTI (Florence, Sansoni); cette traduction est précédée d'une introduction et accompagnée de notes dues à M. Domenico COMPARETTI. - M. Franç. de Sanctis écrit ses Mémoires.

Il y a maintenant trois académies pontificales qui ont élu domicile au Vatican : l'Arcadia, présidée par Mgr. Stef. Ciccolini, et qui s'occupe de philosophie, d'histoire et de poésie; les Nuovi Lincei, fondés en 1847 par Pie IX et qu'il ne faut pas confondre avec les Royal Lincei; l'Academia d' Archeologia, présidée par M. de Rossi.

ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES

Séance du 30 décembre 1881. M. Georges Perrot communique une lettre écrite d'Egypte par M. Rhôné, au sujet des fouilles dirigées par M. Maspero. La pyramide de Meydoum est enfin ouverte; c'est une entreprise qui avait déjà été tentée plusieurs fois en vain et dont beaucoup de personnes croyaient le succès impossible. En déblayant sur la face nord le sable sous lequel se trouvent enfouies de toutes parts les assises inférieures de la pyramide, on a mis au jour une ouverture suffisanie pour livrer passage à une personne. Cette ouverture donne accès dans un couloir qui descend avec une pente de 4? degrés. On a pu pénétrer dans ce couloir jusqu'à une distance d'environ 40 mètres, puis on a été arrêté de nouveau par une masse de sable, qu'on s'occupe de déblayer maintenant. La perfection de la construction, dans la partie qu'on a pu examiner, dépasse celle des plus belles et des plus anciennes pyramides déjà connues. On a trouvé sur la paroi intérieure du couloir deux graffiti, cuvre de deux scribes de la vingtième dynastie (environ 1200 ans avant notre ère), qui éiaient venus visiter le monument et y avaient laissé leurs noms : Amen-Mès et Sokkar. On espèce pouvoir bien pénétrer plus avant dans la pyramide et en expiorer l'intérieur.

Sont élus membres de la commission du prix Gobert, pour l'année prochaine, MM. Delisle, Hauréau, Lenormant et Alexandre Bertrand.

L'Académie, après discussion en comité secret, procède à l'élection de trois correspondants, dont deux étrangers et un français. en remplacement de MM. Dorn, Benfey et Floquet. Sont élus M. Sophus Bugge, à Christiania, M. Bæhtlingk, à SaintPétersbourg, et M. de Sarzec, consul de France à Bassora.

Ouvrages présentés : par M. Wallon : F. DE SAULCY, Jérusalem (Paris, gr. in-8° : publication posthume, où sont résumés et coordonnés les résultats scientifiques des voyages de M. de Saulcy); par M. d'Hervey de Saint-Denys : IMBAULT Huart, les Instructions familières du Dr schou -lou (Pé-King, in-89; - par M. Miller : Chasstotis, l'Instruction publique chez les Grecs depuis la prise de Constantinople par les Turcs jusqu'à nos jours; par M. Wallon, au nom de M. Egger: 1° L. MUELLER, Métrique grecque et latine, trad. par A. LEGOUEZ; 2° G. LUMBROSO, l'Egitto al tempo dei Greci e dei Romani (Roma, 1852 ; 3° Ch.-Em. Ruelle, Collection des auteurs grecs relatifs à la musique : Nicomaque de Gérase, Manuel d'harmonique (extrait de l'Annuaire de l'Association pour l'encourageancut des études grecques en France, 1880.)

Julien HvaET.
Le Propriétaire-Gérant : ERNEST LEROUX.
Le fuy, typ. et lith. Marchessou jils, boulevard Saint-Laurent, 23

REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE

ODIO

N° 3

16 Janvier

1882

Sommaire : 12. (Euvres de Justin martyr, III, p. P. DE OTTO. 13. CHARTERIS, Collection de textes pour l'étude du Nouveau-Testament. 14. STARK, Etudes et conférences sur l'archéologie et l'histoire de l'art. – 15. Lettres de Gathe à Aug. de Stolberg, p. P. ARNDT. – 16. Myers, Wordsworth. – 17. Le code civil oitoman, p. p. NICOLAIDÈS. 18. SANDERS, Des synonymes allemands. Chronique. - Académie des Inscriptions.

Justini philosophi et martyris opera. T. III. Pars II. Opera Justini subditicia, fragmenta Pseudo-Justini. Editio tertia, plurimum aucta et emendata. lenæ, Gust. Fischer. 1881, in-8° de 425 p.

Ce volume est le dernier des Justini opera publiés par M. le chevalier de Otto. Il renferme : 1° les Quæstiones et responsiones ad Orthodoxos; 2° les Quæstiones Christianorum ad Gentiles; 3° les Quæstiones Gentilium ad Christianos ; 4° les Fragmenta Pscudo-Justini et 50 six Indices qui occupent les pages 379 à 425, et qui se rapportent aux Justini subditicia opera, c'est-à-dire aux deux parties du tome troisième.

Nous avons parlé assez souvent de ce beau travail de M. de Oito, pour qu'il ne soit plus nécessaire d'en signaler les mérites hors ligne. C'est la première fois que la publication d'un Père de l'Eglise a trois éditions dans l'espace d'un assez petit nombre d'années. Espérons que ce brillant succès engagera les savants qui s'occupent de la littérature patristique à entreprendre des travaux du genre de celui-ci, sur les ouvrages des autres pères de l'Église grecque.

M. N.

13.

Canonicity, a collection of early testimonies to the canonical books of the New Testament, based on Kirchhofer's « Quellensammlung », by A. H.Charteris, D. D. Edimbourg et Londres, W. Blackwood. 1880, in-8° de cxx-484 pages.

Ce livre est destiné immédiatement aux étudiants en théologie : ils y trouveront réunis tous les textes des écrivains, ccclésiastiques ou autres, qui peuvent servir à une étude critique des livres du Nouveau-Testament. Dans une introduction assez longue, l'auteur décrit, classe et date les principaux documents de la littérature chrétienne, depuis Clément Romain jusqu'à Origène. Vient ensuite la collection des textes sur le Canon, l'ensemble du Nouveau-Testament, le groupe des quatre

Nouvelle série, XIII.

2

évangiles celui des trois synoptiques, enfin sur chacun des livres en particulier. Deux autres chapitres sont consacrés aux témoignages païens et hérétiques; enfin le livre se termine par une série de textes relatifs aux évangiles apocryphes. Les notes ne sont pas très nombreuses; au commencement de chaque article il y en a toujours une où l'on explique l'état des controverses sur l'authenticité du livre dont on va s'occuper. Quant aux textes eux-mêmes, ils sont empruntés aux meilleures éditions; aux références ordinaires on a joint l'indication des tomes et des pages de la Patrologie de Migne.

L'auteur d'une semblable collection est sans cesse exposé à heurter deux écueils : s'il veut être complet, donner non-seulement les textes clairs et décisifs, mais encore ceux qui ne contiennent que des allusions lointaines et contestables, l'encombrement se fait bientôt sentir et le livre devient d'un usage difficile. D'autre part, faire un choix trop sévère, c'est préjuger soi-méme les solutions dont on ne doit fournir que les éléments. M. Charteris a plutôt péché par excès que par défaut; je ne lui en fais pas un grand crime, mais je voudrais qu'il eût imprimé en caractères spéciaux ou marqué d'un signe quelconque les textes de signification douteuse et diminué ainsi le travail de ses lecteurs.

Dans ses notes et dans sa préface, M. C. a dû trancher, cn peu de mots, une foule de questions sur lesquelles on est loin de la solution définitive. On aurait mauvaise grâce à ne pas prendre en considération les nécessités que lui imposait ici le genre de son livre. Pour caractériser d'une manière générale cette partie de son travail, il suffira de dire que l'auteur, tout en restant au point de vue conservateur des écoles anglaises, ne croit pas devoir ignorer les travaux des critiques plus hardis et tient assez largement compte de celles de leurs solutions qu'il juge conciliables avec les opinions reçues autour de lui.

On trouvera, p. 400 et suiv., une intéressante restitution de l'évangile de Marcion, d'après Tertullien et saint Epiphane. Il est à regretter que M. Charteris n'ait pas pu consulter le commentaire de saint Ephrem sur le Diatessaron de Tatien ; le travail que M. Th. Zahn vient de consacrer à ce dernier ouvrage, introduit dans la question de l'origine du Canon un élément d'une importance extrême et qu'il n'est plus permis de négliger.

L. D.

14. Vorträge und Aufsätze aus dem Gebiete der Archæologio und Kunstgeschichte, von Dr K. Bernhard STARK. Nach dem Tode des Verfassers hrsg. von Dr Gottfried Kinkel. Leipzig, Teubner. 1880, in-8°, 500 pages.

Bernhard Stark est mort en octobre 1879, laissant inachevé le vaste travail qu'il avait entrepris sous le titre de Manuel de l'archéologie de l'art.

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