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nous offre un tableau assurément beaucoup plus net du séjour d'Agrippa en Espagne. Si ses identifications de Grangia et d'Arx vetus nous paraissent inadmissibles, nous croyons qu'il a raison de traduire Charona par Gerona et Vallis rotunda par Villarodona. L'Arx nigra peut fort bien être le Fuerte Negro de Tarragone (Terra Arcona).

P. 138. M. P. n'accompagne d'aucune remarque les noms de Bovillus et de Brixianus. Morley a raison d'y reconnaître Charles de Bovelles et Germain Brice. Le premier de ces écrivains mérite surtout de fixer l'attention des biographes d’Agrippa. Charles de Bovelles, avant d'être chanoine de Noyon, fut en relations avec Tritheim, qu'il eut l'occasion de voir en 1505; ce fut lui qui dénonça la Steganographia comme un livre de magie. Il écrivit alors à Germain de Ganay une lettre que Maittaire et Niceron ont depuis longtemps signalée ! Cette lettre et d'autres pièces de la correspondance de Bovelles eussent pu être consultées utilement par M. Morley et par M. Prost. On y trouverait peut-être des renseignements sur l'époque encore incertaine à laquelle Agrippa entra en relation avec Tritheim. Du reste, les correspondants de Bovelles sont en partie les mêmes que ceux d’Agrippa.

PP. 306, 316, 344, 349. M. P. parle à diverses reprises du messin Claude Chansonnette, sur lequel il nous donne de précieux renseignements tirés des archives de Metz. Nous nous demandons pourquoi il l'appelle Chansonneti avec la désinence du génitif latin. Le personnage dont il s'agit s'appelait en latin Cantiuncula et en français Chansonnette. Cette dernière forme est celle qu'il emploie lui-même à la fin de l'épître à Marguerite d'Angoulême qui précède sa traduction de la Manière de se confesser d'Erasme (1524) ?. En 1549, Chansonnette était chancelier de la Haute-Alsace 3.

P. 313. Sur Nicole Dex, ou mieux d'Esch, M. P. trouvera d'excelcellents renseignements dans l'ouvrage de M. Herminjard.

P. 317. Il est regrettable que M. P. n'ait pu retrouver le nom de famille du libraire messin Jacques. Ce personnage fut un des premiers martyrs protestants. Voy. Herminjard, I, 260, 309, 375; III, 415.

1. Voy. Niceron, Mémoires, XXXVIII, 229.

2. Brunet, II, 1144. Les ouvrages latins de Chansonnette, qui nous sont connus, sont : 1° Topica legalia, Basileae, 1520, in-fol. (Biblioth. nat., F. 94 B.); 20 De officio judicis Libri duo, Basileae, 1543, in-4° (Biblioth. nat., E' 757); 3. Epistola a.. Andr. Alciatum de interpretatione L. Quinque-Pedum,c. Fin. regund., Aureliae, Eligius Gibier, 1561, in-8° (Biblioth. nat., F. 3588); 4° Paraenesis de ratione studii legalis (dissertation placée en tête de l'édition du Corpus juris civilis publiée par G. Holoander, à Bile, en 1570, in-fol.); 5° In tres priores Institutionum civilium libros Paraphrasis, Lugduni, 1570, in-8° (Bassaeus, Collectio, 1592, I. 217); 6. Consilia sive Respoisa nunc primum edita per Gulielmum Cnüterum, Coloniae, 1571, in-fol. (Bassaeus, ibid.). Cette liste est très certainement fort incomplère.

3. Voy. la préface mise par Philibert Poiss not en tête de son édition de Guillaume de Tyr (Basileae, 1549, in-fol.).

Il est temps encore pour M. Prost d'améliorer sensiblement son ouvrage avant l'achèvement du second volume.

Emile Picot.

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52. - O&uvres poétiques de M. C. de Buttet précédées d'une notice sur
l'auteur et accompagnées de notes par le bibliophile Jacob. Paris, Jouaust. 2 vol.
in-12 de XXXIX-175 et 211 p. Prix des deux volumes : 18 fr.
- Premières Satires de Dulorens publiées par D. JOUaust avec une notice
par Prosper BLANCHEMAIN. Paris, même librairie. I vol. in-12 de xx-209 p. –
Prix : 10 fr.

Les trois volumes dont on vient de lire le titre font partie, les deux premiers sous les nos XXVII et XXVIII, le dernier sous le n° XXIX, d'une collection justement célèbre, le Cabinet du Bibliophile. Ces trois volumes ne seront pas de ceux de toute la collection qui seront le moins goûtés.

Parlons d'abord des Premières satires de Dulorens. Jacques Dulorens a laissé trois volumes qui portent le titre de Satyres. L'édition de 1633 (Paris, Gervais Alliot) a été reproduite en 1868, à Genève, chez J. Gay. Celle de 1646, qui contient les seize satires de 1633, augmentées de dix satires nouvelles (Paris, Antoine de Somma. ville), a trouvé place, en 1869, dans le Cabinet du Bibliophile (avec une notice d'Eugène Villemin). Quant à celle de 1624, qui est entièrement diférente des deux autres (Paris, Jacques Villery), elle n'avait jamais été reimprimée. M. Jouaust a d'autant mieux fait de l'admettre dans sa collection, que le bouquin de 1624 est d'une plus grande rareté. Sans doute, Dulorens n'est pas un poète des plus recommandables; mais, comme l'a dit l'auteur du Manuel du Libraire (t. II, col. 875), ses satires sont « d'une facture originale et ne manquent pas de verve ». On sera donc reconnaissant à M. J. d'avoir reproduit un recueil presque introuvable et d'avoir ainsi permis aux curieux de rapprocher facilement les satires de 1624 des satires de 1633 et de 1646. M. J. a été, du reste, doublement l'éditeur du volume qui nous rend, avec une fidélité parfaite, les vingt-cinq premières satires de Dulorens, car la mort étant venue surprendre M. Prosper Blanchemain, au moment où le volume allait être mis sous presse, ce dernier n'a pu ni en revoir les épreuves ni en préparer les notes. M. J. s'est à merveille acquitté de ce soin, et ses notes (pp. 203-209) n'ont qu'un défaut : elles paraîtront trop courtes à tout le monde !.

1. Pour ne citer qu'une de ces notes, celle qui se rapporte au vers 17 de la page 117 :

J'en demeure logé chez Guillot le Songeus, Ce n'est pas assez de dire qu'on rencontre dans Rabelais cette expression « qui sigoitie rêvasser, se repaitre de rêveries. » On la rencontre dans une foule d'autres

La notice de M. Blanchemain sur Jacques Dulorens (né à Châteauneufen-Thimerais, près de Dreux, en 1580, mort dans la même ville en 1658) est une nouvelle édition, revue et augmentée, de la notice mise par ce regrettable érudit en tête de la réimpression du recueil de 1633, où elle occupe les pages 5-16. Cette notice, agréablement écrite, a été composée en partie à l'aide des renseignements fournis par l'auteur lui-même, soit dans ses satires, soit dans son commentaire de la Coustume de Chasteauneuf en Thimerais'. Les registres des archives municipales de Châteauneuf ont permis d'établir que Dulorens se remaria en 1654 « à une demoiselle Marie Duquenouiller ». M. B. a recueilli la plupart des témoignages que l'on pouvait trouver dans les poètes contemporains, ainsi que dans les critiques et les biographes du xvino et du xixe siècle ; il n'a pas plus négligé Guillaume Colletet ’, que l'abbé Goujet, que Dreux-duRadier, que le marquis de Gaillon, que M. Edouard Fournier, que M. Edouard Tricotel. Tout au plus pourrait-on regretter qu'il n'ait pas mentionné ce qu'a dit de Dulorens M. Viollet-le-Duc dans une page bien curieuse du Catalogue de la Bibliothèque poétique. Ce qui mérite une attention particulière au milieu de toutes les particularités réunies par M. B., ce sont les indications relatives à la Satyre du triomphe de Cypris, qui, à la suite d'une discussion fort ingénieuse, est attribuée à Dulorens (pp. XIV-XV) et aux goûts d'amateur, de collectionneur du poète, lequel possédait notamment une Vierge de Léonard de Vinci, une Madeleine payée trois mille livres, etc. (pp. XVI-XVIII).

Marc-Claude de Buttet, comme le rappelle M. J. dès les premières lignes de son Avertissement, « est un des poètes les plus intéressants et

vieux auteurs des plus renommés, notamment dans Blaise de Monluc (Commentaires, édition de M. de Ruble, t. II, p. 54 et t. III, p. 384). M. J. aurait pu rappeler, au sujet de l'origine probable de l'expression, l'explication donnée dans le Livre des Proverbes de Le Roux de Lincy (dernière édition, t. II, p. 41).

1. On sait que Dulorens fut successivement bailli de Châteauneuf, lieutenant-général du bailliage et enfin président. Il prenait, de plus, le titre de viscomte de Chasteauneuf. Dans ses annotations de la Coustume, le magistrat-poète a mentionné sa chère épouse (Geneviève Langlois), celle-là même pour qui ou plutôt contre qui il aurait fait la fameuse épitaphe :

Cy-gist ma femme : ah! quelle est bien,

Pour son repos et pour le mien ! Mais cette épitaphe est-elle bien authentique? Je constate que M. Blanchemain, en rapportant le piquant distique, se sert prudemment de la formule : dit-on. 2. Voir (p. XVIII) une pièce de Colletet qui débute ainsi :

Cher du Lorens, second Regnier. Dulorens dut être peu flatté du compliment, puisque, ainsi que le rappelle M. Blanchemain (p. x), il se regardait comme au-dessus de ce grand satirique auquel il a pourtant fait l'honneur de le piller quelquefois. M. Blanchemian, qui dénonce les plagiats de Dulorens, n'a pas songé à dire qu'en revanche Boileau ne dédaigna pas de prendre quelques traits aux satires de Dulorens.

3. M. Blanchemain, d'après les dédicaces de deux satires du recueil de 1646, indique les relations amicales de Dulorens avec le statuaire Biard et le peintre Vignon.

les moins connus du xvi° siècle, et le recueil de ses poésies est un des livres les plus rares de cette époque. » On ne possède que deux éditions des æuvres de Buttet, celle de 1561 et celle de 1588, et encore ces deux éditions n'en font-elles qu'une sous deux dates et deux titres différents, car Hierosme de Marnef et la veuve Guillaume Cavellat réimprimèrent simplement un nouveau titre pour les exemplaires qui restaient dans leur librairie. L'édition d'aujourd'hui n'est, en réalité, qu'une seconde édition qui a été attendue pendant près de trois cents ans. C'est assez dire combien les amis de la poésie du xvio siècle doivent se réjouir d'avoir désormais à leur disposition l'Amalthée et les Poésies diverses.

Le poème de l’Amalthée, qui parut pour la première fois en 1560, imprimé par Robert Estienne', eut un éclatant succès. Quelques-uns des sonnets dont il se compose sont bien gracieux et expliquent jusqu'à un certain point la réputation dont jouit tout de suite, à la cour de François II, le poète étranger (on sait qu'il naquit à Chambéry). L'Amalthée remplit presque tout le premier tome de l'édition que j'examine (pp. 1-1 34). Les pages suivantes (pp. 135-160) sont occupées par l'Epithalame aux nosses de tres magnanime prince Em. Philibert de Savoie et de tres vertueuse princesse Marguerite de France, duchesse de Berri, sur les triumphes qui étoient prets à faire, sans la mort du roi survenue ?. Le tome 11 renferme les Poésies diverses où dominent les morcea ux lyriques. Les odes de Buttet sont loin de valoir ses son. nets, et le chantre d'Amalthée n'est décidément pas un poète de haut vol. Le bibliophile Jacob associe de justes critiques à des éloges un peu trop complaisants dans ce passage de sa Notice (p. xxxvi) : « MarcClaude de Buttet est incontestablement un des poètes les plus remarquables de son temps ; il se distingue par la pensée, par l'expression et par le rythme, quand il ne se perd pas dans ses déplorables imitations du grec, du latin et de l'italien ; il égale souvent Du Bellay et Ronsard; il a du sentiment, de la passion, au milieu des images les plus bizarres, avec les couleurs les plus fausses, malgré l'enflure, le mauvais goût, l'abus des métaphores, des néologismes et des jeux de mots; il comprend, il sait peindre la nature; il parle souvent le langage du cæur; il évoque au besoin toutes les nobles inspirations de la poésie; il atteint parfois le plus haut degré de la forme 3. »

1. Cette première édition est si rare, que MM. Jouaust et Paul Lacroix n'ont pu en découvrir un exemplaire. Le texte qu'ils ont adopté est celui de la seconde édition (1361). Dans une troisième édition, due à un ami de l'auteur, Louis de Richevaux (Lyon, 1575), le poème est entièrement remanié et augmenté de quatre-vingt-treize sonnets. M. Jouaust nous fait espérer qu'il pourra nous donner plus tard une réim pression séparée et complète de ceite troisième édition.

2. La première édition de ce poème est de 1559 (R. Estienne, in-4° de 14 feuillets). Rectifions ici une faute d'impression du Manuel du Libraire (t. I, col. 1431) : Epithalame, ou nosses du prince, etc. »

3. M. Jouaust ( Avertissement) croit que Buttet ne serait pas tombé dans l'oubli. s'il avait donné à ses poésies une orthographe moins anormale ; « On sait, » dit-il, La notice à laquelle je viens d'emprunter cette citation est fort bien faite. Ajoutons qu'elle était fort difficile à faire, en l'absence de toutes indications précises. C'est dans le recueil même des poésies du Gentilhomme savoisien, dit le bibliophile J. (p. 3), qu'il faut aller chercher quelques renseignements assez vagues et fort incomplets sur sa vie et sur ses ouvrages : car il a été presque oublié, sinon dédaigné, par les écrivains français contemporains. Parmi ces écrivains, on ne trouve guère à citer que La Croix du Maine, Du Verdier, Remy Belleau', ce qui doit rendre particulièrement regrettable la perte, dans l'incendie de la bibliothèque du Louvre, de la Vie de Buttet par Guillaume Colletet. C'est avec beaucoup de sagacité que le bibliophile J. se sert des ceuvres du poète pour reconstituer sa biographie. Presque toutes ses conjectu

- car, comme il le reconnaît lui-même (p. 5), des inductions appuyées sur des vers plus ou moins vagues ne sont que des conjectures ?, paraissent devoir être adoptées. Veut-on un exemple de l'ingénieuse façon dont procède le biographe? Voici comment (p. 22) il cherche à montrer que Buttet naquit en 1524 : « On peut fixer cette date approximative, d'après deux passages de l’Amalthée, où il dit qu'il commença d'aimer à l'âge de dix-neuf ans et que son amour poétique dura sept

me

« que Marc-Claude de Buttet, ami du grammairien Jacques Peletier, du poète Guillaume des Autels, et d'autres qui voulurent réformer l'orthographe, avait adopté radicalement le système orthographique de ses amis; nous avons donc conservé, à titre de curiosité grammaticale et littéraire, cette orthographe étrange et parfois monstrueuse, en y ajoutant toutefois, comme dans toutes nos réimpressions des textes du xvie siècle, quelques accents indispensables à l'intelligence de ces textes, et en ne laissant pas les v et les j se confondre en i et en u, légère concession qui nous semble exigée par l'usage de notre temps. » Quoique fort déplaisante, l'orthographe de Buttet ne me semble pas avoir eu toute l'influence qu'admet M. Jouaust sur le sort de l'Amalthée et des Poésies diverses. Ce sont de plus grands défauts qui ont discrédité les recueils de 1561 et de 1588. Voir, sur ces défauts, l'abbé Goujet (Bibliothèque françoise, t. XII, pp. 353-359) et Viollet-le-Duc (Catalogue, p. 289). Le bibliophile Jacob proteste (p. XXXVI) contre les appréciations de ces deux critiques. Il reproche surtout au dernier d'avoir cédé à « une incroyable prévention » en nous présentant le style de Buttet comme « dur, » ses vers comme « rocailleux et souvent inintelligibles. »

1. Belleau, dans son commentaire du second livre des Amours de Ronsard, en 1567, parle ainsi de Buttet : « Outre la parfaite connoissance qu'il a de la poésie (de laquelle il a le premier illustré son pays), il est merveilleusement bien versé aux sciences de philosophie. » On doit rapprocher de cette dernière phrase, celle de La Croix du Maine (Bibliothèque françoise, t. II, 1772, #: 78) déclarant qu'il est fort bien versé aux mathématiques. Le mathématicien pouvait-il être un vrai poète ?

2. En divers passages de sa notice, le bibliophile J. a soin de nous rappeler qu'il ne prétend pas donner ses hypothèses pour de sûres assertions. Il emploie souvent ces sages expressions : Il est permis de supposer, nous présumons que, etc. En une seule occasion il me semble avoir été quelque peu téméraire. C'est quand il dit P. xxxv): « On peut affirmer que Marc Claude de Buttet avait fini par embrasser la religion réformée. » C'est possible, c'est probable même, si l'on veut, mais ce n'est pas certain.

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