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est à peine effleurée dans la thèse. Mais, dit M. Souriau, je me suis exclusivement placé au point de vue de la quantité, et ma théorie n'est vraie que dans ce sens. Alors, comme la qualité est la réalité même, il reste acquis que le déterminisme s'applique seulement à la surface et non au fond même des choses.

CHRONIQUE

FRANCE. Le deuxième volume de la « Bibliothèque internationale de l'art > dirigée par M. Eug. Müntz, vient de paraître; il est intitulé : Les amateurs de l'ancienne France, le surintendant Foucquet (Rouam. In-4", 104 p.) et a pour auteur M. Edmond Bonnarré. Après un chapitre sur la curiosité française au xviie siècle, sur les précurseurs de Foucquet, Mme de Rambouillet, Mazarin, les curieux du temps auxquels on donnait alors le sobriquet de grippés, et les financiers amateurs, M. B. passe à celui qu'un de ses juges nommait « omnium curiositatum explorator », Nicolas Foucquet, qui avait « appris à l'école de Mazarin les grandes affaires et la grande curiosité ». Il décrit les deux maisons principales que possédait Foucquet : Saint Mande, remarquable par les statues de Michel Anguier, par sa bibliothèque qui renfermait 27,000 volumes et par ses deux sarcophages égyptiens; Vaux-lc-vicomie, dont les splendeurs ont été si souvent racontées ou chantées, et que, « pour ja première fois depuis deux siècles, on peut visiter de fond en comble », grâce à un Inventaire manuscrit que M. B. a trouvé à la Bibliothèque Nationale. L'auteur nous expose ensuite les acquisitions que firent en Italie les agents de Foucquet : son frère, l'abbé Louis Foucquet; Maucroix, l'ami de la Fontaine; Bertinetti, graveur en médailles ; l'abbé Louis était guidé dans ses achats par le Poussin, dont læuvre capitale, la Manne, composée en 1639, était passée des mains de Chantelou à celles du surintendant, et à qui furent commandés, pour la maison de Vaux, quatorze Termes sculptés. On sait que Foucquet fut arrêté à Nantes le 5 septembre 1661; tous ses biens furent saisis par ses créanciers, mais, avant la vente publique, le roi fit mettre à part un certain nombre de meubles et de tapisseries d'une recherche exceptionnelle. M. B. en donne la nomenclature et l'estimation d'après un document manuscrit, conservé aux archives de l'Oise. Il nous apprend, en outre, ce que sont devenus Saint-Nandé et Vaux, les tapisseries, les statues, les meubles, les livres, les sarcophages de Foucquet. Nous recommandons surtout le curieux récit de l'histoire des sarcophages qui, après beaucoup d'aventures, reposent aujourd'hui dans les salles du musée égyptien, au Louvre. A la suite de ce travail intéressant et plein de recherches, M. Bonnafé publie, en appendice, des pièces justificaiives, savoir : la « prisée des bustes de Saint-Mandé », l'estimation des médailles trouvées chez Foucquet, l'estimation des bustes de Vaux, un « mémoire des figures qui sont à Vaux et du prix que M. Girardon les estime »; une « nouvelle estimacion des pierreries de Vaux »; l’Inventaire de Vaux; l' « Etat des meubles de l'inventaire de M. Foucquet qui ont été mis à part par le Roy » ľ« Etat de ce qui a esté vendu et adjugé au Roy à l'inventaire fait des meubles de M. Foucquet » (pièce probablement incomplète). Le volume, comme toutes les publications de la librai rie de l'art, est magnifique.

– La librairie Plon publie le premier volume des Discours parlementaires d'Ernest Picard; ce volume, qui a pour sous-titre Les Cing (les cinq membres de l'opposition, Darimon, J. Favre, Em. Ollivier, Ern. Picard et Hénon, comprend les discours prononcés par Picard depuis le 9 février 1861 jusqu'au 7 mai 1863; il est précédé d'une notice, écrite par Jules Favre le 16 mai 1877 (In-8°, xiv et 462 p.).

- Le Bulletin pédagogique d'enscignement secondaire, dont nous avons autrefois annoncé la publication à nos lecteurs, entre dans une phase nouvelle : aux articles concernant les méthodes, aux fdocuments et actes officiels, à la bibliographie, aux exercices scolaires, il joindra désormais les comptes-rendus des séances de la Société pour l'étude des questions d'enseignement secondaire, ainsi que les communications et mémoires précédemment publiés par les soins de cette Société dans un Bulletin qui paraissait tous les deux mois; les convocations aux séances de la Société se feront par la voie du Bulletin pédagogique.

ALLEMAGNE. M. FRISCHBIER fait paraître à la librairie Enslin, de Berlin, un dictionnaire des provincialismes de la Prusse orientale et occidentale (Preussisches I'ærterbuch, Ost-wd Westpreussische Provinzialismen in alphabetischer Folge). L'ouvrage aura deus volumes : il paraît par livraisons ; chaque volume comprendra cinq à dix livraisons; la livraison coûte deux mark (fr. 50).

– Dans un livre de 78 pages (In-8°. Vienne, Hælder), M. G. Wolf expose l'histoire du nouvel édifice de l'Université de Vienne, der neue Universitætsbau in Wien; cette « étude historique » est divisée ainsi : 1. Aus vormærzlicher Zeit, II. Das Jahr 1848 und seine Folgen. III. Bauprojecte. IV. Der Neubau. Le nouvel éditice, conclut M. Wolf, est magnifique; mais les salles destinées aux étudiants en droit et en philologie ne sont pas assez vastes; la plus grande ne peut contenir que 200 étudiants, alors que 500 à 600 sont inscrits pour un seul cours; en outre, les murailles sont humides et même crevassées par endroits. M. Wolf remarque encore d'autres inconvénients, qui n'ont guère d'intérêt que pour le lecteur viennois; citons seulement ce fait, que les murs de l'édifice n'ont pas été blanchis depuis 23 ans et qu’on rencontre des rats au troisième étage. M. Wolf demande au parlement autrichien de voter une somme assez forte pour qu'on exécute les travaux que réclament l'honneur de l' a antiquissima ac celeberrima Universitas viennensis » et l' « extrema necessitas ».

ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES

Séance du 3 février 1882. M. Henri Weil écrit pour poser sa candidature à la place d'académicien ordinaire laissée vacante par la mort de M. Dulaurier.

M. Wallon, secrétaire perpétuel, donne lecture de son rapport semestriel sur les travaux de l'Académie.

M. Lenormant lit la suite de ses Notes archéologiques sur la Terre d'Otrante. Il énumère les diverses sortes d'objets antiques qu'on a trouvés le plus fréquemment dans la Terre d'Otrante ou province de Lecce. Les armes de bronze préhistoriques s'y rencontrent en.grand nombre; c'est probablement à ces armes qu'il est fait allusion dans un passage d'Athénée, auquel on n'a pas assez fait attention jusqu'ici. Suivant ce passage, une tradition de la région iapygienne rapportait que les habitants avaient été accablés par les dieux, en punition de leur impiété, d'une pluie de traits de bronze lancés du ciel et qu'on retrouvait depuis en grand nombre dans tout le pays. Les statuettes ou figurines de bronze sont peu nombreuses et peu importantes, du moins les statuettes authentiques, car la province est d'ailleurs inondée de fausses statuettes antiques, fort mal exécutées que fabrique un habitant de la ville de Ruvo; le même industriel met aussi en circulation des ustensiles de divers genre surmoulés sur des objets antiques et des inscriptions messapiques assez bien imitées. Les miroirs de bronze, ronds, avec une courte tige destinée à s'adapter à un manche de bois ou d'ivoire, se trouvent par centaines dans les collections de la province ; un seul, au musée de Lecce, porté une gravure au trait, qui représente Philoctète á Lemnos, tenant l'arc d'Héraclės; autour du dessin est une courte inscription messapique, antique aussi, mais de date moins ancienne. Il semble qu'on ait

fabriqué autrefois dans la même région des miroirs ornés d'un sujet en relief sur la face opposée à celle qui servait à se mirer : M. Lenormant a reçu récemment un moule de terre cuite, trouvé près de Tarente, qui paraît avoir été destiné à la fabrication des miroirs de ce genre.

En fait d'objets de terre cuite, on remarque un très grand nombre de figurines ou statuettes; on en trouve dans presque tous les tombeaux antiques de la province. M. Lenormant en décrit une particulièrement curieuse : c'est une figurine d'environ un pied de hauteur, qui représente une femme encente, assise, la chevelure éparse, les mains sur les genoux, la iunique ouverte et laissant voir la poitrine et le ventre. La tête est d'un dessin beaucoup meilleur que celui du corps. M. Lenormant pense que la statuette est l'oeuvre d'un artiste inexpérimenté, qui, se défiant de ses propres forces, n'aura modelé lui-même que le corps et y aura ajouté une tête surmoulée sur celle d'une autre figure plus ancienne, d'une Déméter probablement.

M. P.-Ch. Robert, en offrant à l'Académie une brochure qu'il vient de publier (voy, ci-dessous), donne quelques détails au sujet des médaillons entourés d'un bord relevé ou d'un sillon circulaire, connus sous le nom de médaillons contorniates. Ces médaillons, qui ne remontent pas au-delà du ive siècle, présentent des sujets très variés, formant plusieurs groupes. Dans le champ de la pièce, soit au droit, soit au revers, se montrent de nombreux accessoires que M. Robert considère comme rappelant ou figurant les récompenses obtenues, tels que palmes et couronnes, armes, petits animaux. Or, parmi ces emblèmes se renconire un sigle formé d'un P majuscule, de la haste duquel partent des traits horizontaux d'égale longueur, se dirigeant vers la droite, en nombrc variable (de un à quatre):

D D D D

Le P. Bruzza, ne se préoccupant que de l'une de ces formes, a proposé de lire P. FEL, c'est-à-dire: Pálma feliciter. Mais il est à remarquer que le sigle est opposé, sur certains monuments, à la palme : il y aurait donc répétition inutile. En outre, M. J. Friedlaender a remarqué qu'une forme du sigle en question se rencontre dans une inscription relative au desséchement des Marais Pontins, dans laquelle, par conséquent, il ne pourrait être question ni de palme ni de victoire. Mais, tout en combattant l'avis du P. Bruzza, accepté par M. de Rossi, M. Friedlaender n'a proposé lui-même aucune interprétation. M. P. Ch. Robert, remarquant qu'il y avait une récompense aussi enviée qu'aucune autre, la récompense en argent, et que cette récompense figure dans les textes et dans les inscriptions relatives au cirque et aux autres jeux sous le nom de praemia ou praemia majora, pense que le p'du monogramme doit signifier praemia. De cette manière, les récompenses de toute nature, aussi bien celles qui consistaient en argent que les autres, seraient mentionnées sur les médaillons contorniates. Quant aux barres horizoniales montées sur la haste verticale du P, M. Robert, sans se prononcer définitivement sur la signification qu'il faut leur attribuer, constate que la proportion des divers nombres de ces barres correspond à celle des chiffres habituels des praemia mentionnés dans les inscriptions, lesquels sont de dix mille, de vingt mille, de trente mille ou de quarante mille sesterces; c'est peut-être un rapprochement fortuit, mais qu'il était bon, dans tous les cas, de faire, ne serait-ce que pour appeler l'attention sur ce petit détail épigraphique.

M. Oppert, continuant sa lecture sur les Inscriptions chaldéennes de Gudea, développe les raisons sur lesquelles il s'appuie pour affirmer que les inscriptions dites sumériennes sont bien écrites dans une langue à part, différente de la langue semitique des inscriptions cunéiformes, et non pas simplement dans un système d'écriture différent. Ce qui prouve que le système d'écriture de ces inscriptions est le même que celui des textes sémitiques cuneiformes, c'est que les noms propres y sont écrits de la même façon. La différence dans la manière d'écrire les autres mots ne peut donc tenir qu'à une différence d'idiome.

Ouvrages présentés : - par M. Barbier de Meynard : 1° le Muséion, revue internationale (belge), n° 1; 2° Sauvatre, Letire sur un fels sassanide inédit; – par l'auteur : RORERT (P.-Charles), Etude sur les médaillons contorniates (I re partie ; extrait de la Revue belge de numismatique, 1882); par M. Schefer : LEGER (Louis), Esquisse sommaire de la mythologie slave; - par M. Emile Egger: 1° EGGER (Victor), Disputationis de fontibus Diogenis Laertii particula de successionibus philosophorum; 20 LUCHAIRE (A.), Recueil de textes de l'ancien dialecte gascon, d'après des documents antérieurs au xive siècle, suivi d'un glossaire; - par M. Heuzey : DUMONT (Albert), les Céramiques de la Grèce propre ; par M. Delisle : LUCHAIRE Achille, Remarques sur la succession des grands officiers de la couronne qui ont souscrit les diplômes de Louis VI et de Louis VII (1108-1180); par M. de Rozière : PÉTIGNY (feu J. DE), Histoire archéologique du Vendómois, 2e édition (publiée par Mme veuve de Pétigny, d'après un exemplaire annoté par l'auteur ; cette seconde édition ne reproduit pas les planches de la première.)

Julien HAVET.
Le Propriétaire-Gérant : ERNEST LEROUX.

Le Puy, tip. et lith. Marchessou fils, boulevard Saint-Laurent, 23

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REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE

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Sommaire : Charles Graux. 44. Dozy, Essai sur l'histoire de l'islamisme, trad.
par CHAUVIN; Sarous, Jésus-Christ d'après Mahomet. 45. LAZAREWICZ, Flores
homerici. — 46. PREGER, Histoire du mysticisme allemand au moyen-âge, II.
47. KERTING, Pensées et remarques sur l'étude des langues vivantes dans les uni-
versités allemandes. Chronique. Académie des Inscriptions.

CHARLES GRAUX

Charles Graux, qui était l'un des directeurs de la Revue critique depuis le second semestre de 1879, était né en novembre 1852 ; il est mort à Paris le 13 janvier 1882, après une maladie de quelques jours, à l'âge de vingt-neuf ans. La Revue a déjà donné sur lui une notice sommaire'; une notice plus détaillée, écrite par un de ses plus fidèles amis, M. Émile Chatelain, et pleine d'une émotion contenue, va paraître dans la Revue de philologie; une biographie définitive sera sans doute composée à loisir, d'après tous les documents, par un ami et compatriote de Graux, M. Ernest Lavisse 3.

Charles Graux était liant, serviable, incapable d'aigreur; aussi les amis qu'il laisse sont-ils nombreux. Mais, si sa perte a causé une si grande émotion, et si ceux même qui n'étaient pas de ses plus intimes ont ressenti profondément cette amertume, c'est que leur attachement ne tenait pas seulement à d'aimables souvenirs, à des relations agréables, à quelque démarche obligeante ou à quelque témoignage affectueux. Graux était aimé encore parce qu'il était estimé. On le voyait actif, laborieux, exact dans son service; on avait confiance dans son esprit fin, posé, solide, tenace, très large en même temps; on appréciait en lui le caractère, car Graux, naturellement bienveillant et doux, savait être ferme, par exemple pour exécuter un mauvais livre; on goûtait sa sincérité et

1. Ci-dessus, pp. 77-78, no du 23 janvier. 2. Numéro de janvier 1882.

3. Graux était de Vervins (Aisne). C'est là qu'il a été enterré le 18 janvier. M. Lavisse, qui représentait à Vervins la Faculté des lettres, a prononcé au cimetière un discours émouvant, première esquisse de la biographie future, lequel a été reproduit par le Journal de Vervins du 20 janvier.

4. Il a fait ses preuves à cet égard non-seulement comme rédacteur et directeur de cette Revue, mais comme membre de la Commission des livres classiques, qui a

Nouvoile série, XIlI.

sa tolérance, sa discrétion et sa modestie. Il avait pour l'avancement de la science et pour le perfectionnement des études une vraie passion. Quelque chose enfin doit l'emporter, dans le souvenir qu'il laisse, sur tant de qualités de son esprit et de son coeur : c'est la supériorité de sa science. Dans certaines branches de la philologie, il était devenu, tout jeune qu'il était, un des premiers parmi les maîtres. C'est lui qui, aux yeux de tel illustre savant étranger, représentait avant tous l'érudition classique de la France. C'est à lui qu'il semblait réservé d'en continuer le relèvement, à la fois par la valeur de ses æuvres personnelles et par celle de son enseignement. Il était en effet aussi bon professeur que bon érudit, et, de tous ses dons, le plus remarquable était l'esprit de direction et d'initiative. Cette renaissance des lettres sérieuses dans notre pays, cette résurrection de quelques-unes des facultés les plus fécondes de l'esprit français, c'est par Graux qu'elles semblaient devoir être un jour parachevées. En lui toute une élite de ses contemporains et de ses aînés a perdu son chef.

Graux était avant tout un paléographe. Il n'a point laissé un traité de paléographie grecque, mais c'est à lui qu'est dédié le dernier traité classique, celui d'un Allemand, M. Gardthausen. Sa science peu commune de la paléographie grecque avait été disséminée dans son enseignement oral, dans ses causeries, dans ses lettres, dans quelques pages de l'Annuaire de l'Association pour l'encouragement des études grecques, de la Revue de philologie, de la Revue critique et du Journal des savants, enfin et surtout dans trois écrits de bibliographie, ses Notices, qu'il disait sommaires, sur les manuscrits grecs de la grande bibliothèque royale de Copenhague, son court Rapport sur une mission en Espagne, et, tout récemment, son ouvrage le plus considérable, vrai prodige de conscience et d'érudition, l'Essai sur les origines du fonds grec de l'Escurial. Il s'était livré, avec une patience incroyable, à un long et fastidieux labeur, la vérification de l'incipit et du desinit pour des centaines et des milliers de textes grecs manuscrits. Jamais maneuvre obscur et docile ne mérita par un travail plus rebutant la pitié dédaigneuse des littérateurs. Tout en compulsant les in-folios et en classant ses fiches, Graux, dans le secret de sa pensée, soumettait la science paléographique à une refonte générale; il l'embrassait d'un coup d'oeil et, sans se laisser guider par les idées courantes, il en brisait et en resormait les cadres. Nul ne connaissait mieux que lui la forme des écritures; il avait approfondi

siégé au ministère de l'instruction publique, sous la présidence active et prudente de M. Zévort, jusqu'à l'avènement du cabinet qui vient de tomber.

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