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inguent particulièrement. Flle reflète, L'enthousiasme pour Dante s'est re. en quelque façon, le génie de Dante, nouvelé depuis, et comme un excès en. nerveux, concis, ennemi de la phrase, gendre un autre excès, on a voulu tout brégeant tout, faisant passer de son justifier, tout admirer dans son auvre, esprit dans les autres esprits, de son faire de lui, non-seulement un des plus une dans les autres âmes, idées, senti- grands génies qui aient honoré l'humaments, images, par une sorte de directe nité, mais encore un poëte sans défauts, communication presque indépendante infaillible, inspiré, un prophète. Ce Hes paroles.

n'est pas là servir sa gloire, c'est fournir Né dans une société toute formée, et des armes à ceux qui seraient tentés de artificiellement formée, il n'a ni le la rabaisser. genre de simplicité, ni la naiveté des Un des reproches qu'on a faits à poëtes des premiers âges, mais, au con son poëme est l'ennui, dit-on, qu'on traire, quelque chose de combiné, de éprouve à le lire. Ce reproche, qu'au travaillé, et cependant, sous ce travail, reste on adresse également aux an fond de naturel qui brille à travers ciens, n'est pas de tout point injuste. ses singularités même. C'est qu'il ne Mais, pour en apprécier la valeur vécherche point l'effet, lequel naît de soi- ritable, il faut distinguer les époques. même par l'expression vraie de ce que ce qui ennuie aujourd'hui, les détails le Poëte a pensé, senti. Jamais rien de d'une science fausse, les subtiles argu. vague : ce qu'il peint, il le voit, et son mentations sur les doctrines théolo style plein de relief est moins encore giques et philosophiques de l'Ecole, de la peinture que de la plastique. rendent, sans aucun doute, cette partie

Lorsque parut son cuvre, ce fut du poëme fatigante et fastidieuse même. parmi ses contemporains un cri una- Mais elle était loin de produire le nime d'étonnement et d'admiration. même effet au quatorzième siècle. Cette Puis des siècles se passent, durant les science était la science du temps, ces quels peu à peu s'obscurcit cette grande doctrines, fortement empreintes dans renommée. Le sens du poëme était les esprits et dans la conscience, forperdu, le goût rétréci et dépravé par maient l'élément principal de la vie dle l'influence d'une littérature non moins la société, et gouvernaient le monde. vide que factice. Au milieu du dix- Voilà ce qu'il faudrait ne point oublier. huitième siècle, Voltaire écrivait à Bet- Lucrèce en est-il moins un grand poëte, tinelli : “ Je fais grand cas du courage parce qu'il a rempli son poëme des ari. avec lequel vous avez osé dire que le des doctrines d'une philosophie main. Dante était un fou, et son ouvrage un tenant morte? Et cette philosophie, monstre. J'aime encore mieux pour dans Lucrèce, c'est tout le poëme ; fant, dans ce monstre, une cinquantaine tandis que celle de Dante et sa théole vers supérieurs à son siècle, que logie, n'occupent, dans le sien, qu'une tout les vermisseaux appelés sonetti, qui place incomparablement plus restreinte. naissent et qui meurent à milliers au- Qui ne sait pas se transporter dans des jourd'hui dans l'Italie, de Milan jusqu'à sphères d'idées, de croyances, de meurs, Otrante."

différentes de celles où le hasard l'a fait Voltaire, qui ne savait guère mieux naitre, ne vit que d'une vie imparfaite, l'italien que le grec, a jugé Dante perdue dans l'océan de la vie progres. comme il a juge tomère, sans les en. sive, multiple, immense, de l'humanité. tendre et sans les connaitre. Il n'eut, Dante, au reste, a conçu son poëme d'ailleurs, jamais le sentiment ni de la comme ont été conçues toutes les épohaute antiquité, ni de tout ce qui sor- pées, et spécialement les plus anciennes. tait du cercle dans lequel les modernes Celle de l'Inde, si riches en beautés avaient renfermé l'art. Avec un goat de tout genre, ne sont-elles pas, au delicat et sûr, il discernait certaines fond, des poëmes théologiques ? Que beautés. D'autres lui échappaient. La serait l'Iliade, si l'on en retranchait les nature l'avait doué d'une vue nette, mais dieux partout mêlés à la contexture cette vue n'embrassait qu'un horizon de la fable? Seulement la Grèce, au borne.

temps d'Homère, avait déjà rompu ies

qu'aux

liens qui entravaient le libre essor de de l'esprit humain ; sa vie est un com. l'equil. Sa religion, dépourvue de bat : rien n'y manque, les larmes, la cheggmes abstraits, ne commandait au- faim, l'exil, "l'amour, les gloires, les curies croyances, et, dans son culte faiblesses. Et remarquez que les inter. vaguement symbolique, ne parlait guère valles de son inspiration, que la sauvage

sens et à l'imagination. Il dureté de son caractère, que l'aristoen fut de même chez les Romains, à cratie hautaine de son génie, sont des cet égaru fils de la Grèce. Avec le traits de plus qui le rattachent à son christianisme, un changenient profond époque, ei qui en même temps l'en s'opéra dans l'état religieux.

La foi séparent et

l'isolent. Où que vous en des dogmes précis devint le fonde. portiez vos pas dans les landes ingrates ment principal de la religion nouvelle : du moyen âge, ceiie figure, à la fois d'où l'importance que Dante, poëte sombre et lumineuse, apparaît à vos chrétien, dut attacher à ces dogmes côtés comme un guide inévitable. rigoureux, à cette foi nécessaire. Au On est donc amené naturellement jourd'hui que les esprits, entrevoyant se demander ce qu'est Dante, ce qu'est d'autres conceptions obscures encore, cette intelligence égarée et solitaire, sans mais vers lesquelles un secret instinct lien presque, sans cohésion avec l'art les attire, se détachent d'un système grossier de son âge d'où vient cette qu'a usé le progrès de la pensée et de intervention subite du génie, cette dicla science, il a cessé d'avoir pour eux tature inattendue ? Comment l'æuvre l'intérêt qu'il avait pour les générations d’Alighieri surgit-elle tout à coup dans antérieures. Mais, quelles que puissent les ténèbres de l'histoire, prolem sine être les doctrines destinées à le rem- matre creatam ? Est-ce une exception placer, elles seront, durant la période unique à travers les siècles ? C'est qu'elles caractériseront à leur tour, la mieux que cela, c'est l'alliance puissource élevée de la poésie, dont la vie sante de l'esprit créateur et de l'esprit est la vie de l'esprit, et qui meurt sitôt traditionnel ; c'est la rencontre féconde qu'elle s'absorbe dans le monde matériel. de la poésie des temps accomplis et de

la poésie des âges nouveaux. Ayant

devant les yeux les idoles du paganisme DANTE, IMITATEUR ET et les chastes statues des saints, l'image CRÉATEUR.

de l'ascétisme et de la volupté, Dante

garda le sentiment de l'antiquité sans Labitte, La Divine Comédie avant Dante.

perdre le sentiment chrétien ; il resta On ne dispute plus à Dante le rôle fidèle au passé, il comprit le présent, il inattendu de conquérant intellectuel que demanda aux plus terribles dogmes de son génic a su se créer tout à coup au la religion le secret de l'avenir. Jamilieu de la barbarie des temps. L'au- mais le mot d'Aristote : “la poésie est teur de la Divine Comédie n'est pas plus vraie que l'histoire,” ne s'est mieux pour rien le représentant poétique du vérifié que chez Dante ; mais ce ne sut moyen âge. Placé comme carre- pas du monde extérieur du moyen âge four de cette ère étrange, toutes les que se saisit le génie inventif d'Alighiroutes mènent à lui, et sans cesse on eri ; ce fut au contraire du monde in. le retrouve à l'horizon. Société, interne, du monde des idées. De là telligence, religion, tout se reflète en viennent la grandeur, les défauts aussi, lui. En philosophie, il complète saint de là la valeur immense, à quelque Thomas ; en histoire, il est le com- point de vue qu'on l'envisage, de ce mentaire vivant de Villani: le secret livre où est semée à profusion une des sentiments et des tristesses d'alors poésie éternellement jeune et brillante. se lit dans son poëme. C'est un homme L'intérêt philosophique vient complet, à la manière des écrivain, de ici s'ajouter à l'intérêt littéraire et his. l'antiquité : il tient l'épée d'une main, toriqué. C'est la Bible, en effet, qui la plume de l'autre ; il est savant, il est inspire Milton; c'est l'Évangile qui diplomate, il est grand poëte. Son inspire Klopstock : dans la Dir'ine Co. peuvre est un des plus vastes monuments médie, au contraire, c'est l'inconnu, ce

au

encore

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int les mystères de l'autre vie auxquels chance de choquer personne dans ce homme est initié. La question de l'im- temps d'égalité. tortalité est en jeu, et Dante a atteint Ce serait une folie de soutenir que u souveraine poésie.

Dante lut tous les visionnaires qui l'aLa préoccupation, l'insistance de la vaient précédé. Chez lui, heureuseritique sont donc légitimes : ce per- ment, le poëte effaçait l'érudit. Cepen. étuel retour vers le premier maitre de dant, comme l'a dit un écrivain digne i culture italienne s'explique et se jus de sentir mieux que personne le genie ifie. Jusqu'ici les apologistes n'ont synthétique de Dante, il n'y a que la

sas manqué à l'écrivain : investigations rhétorique qui puisse jamais supposer piographiques, jugements littéraires, in- que le plan d'un grand ouvrage apparerprétations de toute sorte, hypothèses tient à qui l'exécute.” Ce mot nême pédantes ou futiles, tout semble plique précisément ce qui est arrivé à véritablement épuisé. Peut-être n'y l'auteur de la Divine Comédie. Dante 1-t-il pas grand mal: il s'agit d'un poete, a résumé avec puissance une donnée et si le vrai poëte gagne toujours à être philosophique et littéraire qui avait lu, il perd souvent à être commenté. cours de son temps ; il a donné sa Un point curieux et moins exploré formule définitive à une poésie flottante reste cependant, qui, si je ne m'abuse, et dispersée autour de lui, avant lui. demande à être particulièrement mis en Il en est de ces sortes de legs poétiques lumière : je veux parler des antécédents comme d'un patrimoine dont on hérite : de la Divine Comédie

. Ce poëme, en sait-on seulement d'où il vient, comeffet, si original et si bizarre même qu'il ment il s'est formé, à qui il appartenait semble, n'est pas une création subite, avant d'être au possesseur d'hier?.. le sublime caprice d'un artiste divine Quand je disais tout à l'heure que ment doué. Il se rattache au contraire Dante vint tard, il ne faudrait pas enà tout un cycle antérieur, à une pen- tendre qu'il vint trop tard ; l'heure de sée permanente qu'on voit se repro- pareils hommes est désignée ; seulement duire périodiquement dans les âges pré- il arriva le dernier, il ferma la marche, cédents; pensée informe d'abord, qui pour ainsi dire. D'ailleurs, quoique la se dégage peu à peu, qui s'essaye di- société religieuse d'alors, commençât à versement à travers les siècles, jusqu'à être ébranlée dans ses fondements par le ce qu'un grand homme s'en empare et sourd et lent effort du doute, elle avait la fixe définitivement dans un chef- encore gardé intact l'héritage de la foi. d'ouvre.

La forme rigoureuse de la vieille conVoyez la puissance du génie! Le stitution ecclésiastique demeurait sans monde oublie pour lui ses habitudes : échecs apparents, et l'on était encore à d'ordinaire la noblesse se reçoit des deux siècles de la Réforme ; la papauté, pères ; ici, au contraire, elle est ascen en abusant des indulgences, n'apaisait dante. L'histoire recueille avec em pas les scrupules des consciences chré pressement le nom de je ne sais quel tiennes sur les châtiments de l'enfer. croisé obscur, parce qu'à lui remonte Mais quel fut le résultat immédiat du la famille de Dante ; la critique analyse relâchement qui commençait à se ma. des légendes oubliées, parce que ces nifester çà et là dans les croyances ? légendes sont la source première de la C'est que les prédicateurs, pour parer Divine Comédie. La foule ne con- à ce danger, évoquèrent plus qu'auparanaîtra, n'acceptera que le nom du vant les idées de vengeance, et redepoëte, et la foule aura raison. C'est mandèrent à la mort ces enseignements la destinée des hommes supérieurs de que leur permanence même rend plus jeter ainsi l'ombre sur ce qui est der- terribles. De là, ces terreurs profondes rière eux, et de ne briller que par eux- de la fin de l'homme, ces inquiétudes, mêmes. Mais pourquoi ne remonte- ces ébranlements en quelque sorte qu'on rions-nous point aux origines, pourquoi retrouve dans beaucoup d'imaginations ne rétablirions-nous pas la généalogie d'alors, et qui furent si favorables à intellectuelle des éminents écrivains ? l'excitation du génie de Dante. Les Aristocratie peu dangereuse, et qui n'a lanciens figuraient volontiers la mort sous

des formes aimables ; dans les temps qui térieures au poème. Evidemment Ali. avoisinent l'Alighieri, on en fait, au con- ghieri s'est inspiré de ce vivant spectacie. traire, des images repoussantes. Ce Les artistes ont donc leur part, à coté n'est plus cette maigre jeune femme des des légendaires, dans ces antécédents de premiers temps du christianisme ; c'est l'épopée chrétienne, tandis que Dante

plus que jimais un hideux squelette, le lui-même, par un glorieux retour, semlile · squelette prochain des danses macabres. avoir été présent à la pensée de celui qui i Le symptôme est significatif.

peignit le Jugement dernier. Noble et De quelque côté qu'il jetât les yeux touchante solidarité des arts ! Qui n'aiautour de lui, Dante voyait cette figure merait à lire une page de la Dirne de la Mort qui lui montrait de son doigt Comédie devant les fresques de la décharné les mystérieux pays qu'il lui chapelle Sixtime? Qui n'aimerait à était enjoint de visiter. Je ne crois pas reconnaître dans Michel-Ange le seul exagérer en affirmant que Dante a beau- commentateur légitime de Dante? coup emprunté aussi aux divers monu une certaine hauteur, tout ce qui est beau ments des arts plastiques. Les légendes et vrai se rejoint et se confond. infernales, les visions célestes, avaient La question des épopées, si vivement été traduites sur la pierre et avaient et si fréquemment débattue par la critrouvé chez les artistes du moyen âge tique moderne, ne peut-elle pas recevoir d'ardents commentateurs. Les peintures quelque profit du tableau que nous avons sur mur ont disparu presque toutes ; il vu se dérouler sous nos yeux ? On sait n'en reste que des lambeaux. Ainsi, maintenant, par un exemple considérdans la crypte de la cathédrale d'Auxerre, able, (quel est le nom à côté duquel ne on voit un fragment où est figuré le pourrait être cité celui de Dante ?) on triomphe du Christ, tel précisément sait comment derrière chaque grand qu'Alighieri l'a représenté dans le Purpoëte primitif il y a des générations gatoire. Les peintures sur verre où se oubilées, pour ainsi dire, qui ont prélude retrouvent l'enfer et le paradis abondent aux inêmes harmonies, qui ont préparé dans nos cathédrales, et la plupart le concert. Ces æuvres capitales, qui datent de la fin du douzième siècle et du apparaissent ça et là aux heures solencourant du treizième. Dante avait du nelles et chez les nations privilégiées, encore en voir exécuter plus d'une dans sont comme ces moissons des champs de sa jeunesse. Entre les plus curieuses, on bataille qui croissent fécondées par les peut citer la rose occidentale de l'église morts. Dante explique Homère. Au de Chartres. Quant aux sculptures, lieu de l'inspiration religieuse mettez elles sont également très-multipliées : le l'inspiration nationale, et vous saurezcomtympan du portail occidental d'Autun, ment s'est faite l' liade; seulement la celui du grand portail de Conques, le trace des rapsodes a disparu, tandis que portail de Moissac, offrent, par exemple, celle des légendaires est encore accessible des détails très-bizarres et très-divers. à l'érudition. Ces deux poëtes ont eu en Toutes les formes du châtiment s'y quelque sorte pour soutiens les temps qui trouvent pour ainsi dire épuisées, de les ont précédés et leur siècle même; l'un même que dans l'Enfer du poëte; les a redit ce que les Grecs pensaient de la récompenses aussi, comme dans le Pa- vie publique, l'autre ce que les hommes radis, sont très-nombreuses, mais beau- du moyen âge pensaient de la vie future. coup moins variées. Est-ce parce que sont-ils moins grands pour cela ? Cette notre incomplète nature est plus faite collaboration de la foule, au contraire, pour sentir le mal que le bien ? Lorsque est un privilége qui ne s'accorde qu’à de Dante fit son voyage de France, tout bien rares intervalles et à des génies tout cela existait, même le portail occidental à fait exceptionnels. Pour s'emparer à de Notre-Dame de Paris, où sont figurés leur profit de l'inspiration générale, pour plusieurs degrés de peines et de rému être les interprètes des sentiments et des nérations. Sans sortir de nos frontières, passions d'une grande époque, pour faire notre infatigable archéologue M. Didron ainsi de la littérature qui devienne de a pu compter plus de cinquante illustra- l'histoire, les poëtes doivent être marqués trons de la Divine Comédie, toutes an au front. Les pensées des temps anté

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rieurs éclatent tout à coup en eux et s'y la Divine Comélie, sinon pour le lecrésolvent avec une fécondité et une puis- teur, au moins pour le critique: la sance inconnues. A eux de dire sous part de l'imitation, la part de la créa une forme meilleure, souveraine, à eux tion. Dante est un génie double, à la de fixer sous l'éternelle poesie ce qui se fois éclectique et original. Il ne veut répète à l'entour!

pas imposer au monde sa fantaisie et Ce spectacle a sa moralité : n'y a-t-il son rêve par le seul despotisme du pas li, en effet, en dehors des noms génie. Loin de là, il va au-devant de propres, quelque chose de vraiment son temps, tout en attirant son temps grandiose par la simplicité même ? à lui. C'est ainsi que font les grands Dans l'ordre esthétique, la poésie est hommes : ils s'emparent sans dédain des la première de toutes les puissances forces d'alentour et y ajoutent la leur, données à l'homme. Elle est à l'éter Dirai-je ce que Dante a imité, ou nel beau ce qu'est la vertu à l'éter: plutôt ce qu'il a conquis sur les autres, nel bien, ce qu'est la sagesse à l'éternel ce qu'il a incorporé à son æuvre ? Il vrai, c'est-à-dire un rayon échappé d'en faudrait en rechercher les traces para haut ; elle nous rapproche de Dieu. tout, dans la forme, dans le fond, dans Eh bien! Dieu, qui partout est le la langue même de son admirable livre. dispensateur du génie, et qui l'aime, L'antiquité s'y trahirait vite : Platon n'a pas voulu que les faibles, que les par ses idéales théories, Virgile par la petits fussent tout à fait déshérités de mélopée de ses vers. Le moyen âge, ce don sublime. Aussi, dans ces à son tour, s'y rencontrerait en entier : grandes auvres poétiques qui ouvrent mystiques élans de la foi, rêveries cheles ères littéraires, toute une foule ano. valeresques, violences théologiques, féo. nyme semble avoir sa part. C'est pour dales, municipales, tout jusqu'aux bouf. ces inconnus, éclaireurs prédestinés à fonneries ; c'est un tableau complet de l'oubli, qu'est la plus rude tâche; ils l'époque : le génie disputeur de la scotracent instinctivement les voies à une lastique y donne la main à la muse sorte de conquérant au profit de qui ils étrange des légendaires. Si la chevale. n'auront qu'à abdiquer un jour ; ils rie introduit dans les mæurs le dévoue. préparent à grand'-peine le métal qui ment à la femme, si les troubadours sera marqué plus tard à une abdiquent leur cynisme pour chanter définitive empreinte; car, une fois les une héroïne imaginaire, si" Gauthier de tentatives épuisées, arrive l'homme de Coinsy et les pieux trouvères redougénie. Aussitôt il s'empare de tous blent le lis virginal sur le front de ces éléments dispersés et leur imprime Marie, si les sculpteurs enfin taillent cette unité imposante qui équivaut à la ces chastes et sveltes statues dont les création. Et alors, qu'on me passe yeux sont baissés, dont les mains sont l'expression, on ne distingue plus rien jointes, dont les traits respirent je ne dans ce faisceau, naguère épars, main- sais quelle angélique candeur, ce sont tenant relié avec tant de puissance, autant de modèles pour Dante, qui condans cet imposant faisceau du dictateur centre ces traits épars, les idéalise, et poétique, qu'il s'appelle Homère ou les réunit dans l'adorable création de Dante. Il y a donc là une loi de l'his- Béatrice. Cet habile et souverain toire littéraire qui rend un peu à tous, éclectisme, Alighieri le poursuit dans qui prête quelque chose à l'humanité, les plus petits détails. Ainsi, par un qui donne leur part aux humbles, et admirable procédé d'élimination et de cela sans rien ôter au poëte; car, je le choix, son rhythme il l'emprunte aux répète, les plus grands hommes évidem- cantilènes des Provençaux ; sa langue ment sont seuls appelés ainsi à formuler splendide, cette langue aulique et car. une pensée collective, à concentrer, dinalesque, comme il l'appelle, il la à absorber, à ranger sous la discipline prend à tous les patois italiens, qu'il de leur génie tout ce qui s'est produit émonde et qu'il transforme. On dirait d'idées autour d'eux, avant eux, C'est même qu'il sut mettre à profit jusqu'à le miroir d'Archimède..

ses liaisons, jusqu'aux amitiés de sa Il y a donc deux parts à faire dans jeunesse. Au musicien Casella ne put

autre

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