Page images
PDF
EPUB

inférieurs où l'homme se débat avec lui- attache ses yeux sur Béatrix, Béatrix sur même, le conducteur est Virgile, qui les hauteurs du ciel ; et tous deux ravis, représente la raison humaine, livrée à de région en région pénètreit jusqu'au ses seules forces; avec Virgile, l'esprit milieu des cheurs des saints et des païen se retire, et une âme nouvelle se archanges. A mesure qu'ils s'élèvent, communique à toutes choses. Plus Béatrix tient moins de l'humanité. La haut, là où commence la grâce illumi- fille de Portinari se confond par degrés nante, surgit Béatrix, l'amour couronné avec la vierge des cathédrales. Cette du scuvenir. Les anachorètes, saint apothèose, que le jeune Dante avait Benoît, saint Bernard, que l'on rencontre rêvée sur un tombeau, se consomme er de sphère en sphère, d'astre en astre, ont même temps que le culte de la viery'e chacun autour de soi un monde pour envahissait le catholicisme. Absente de ermitage ; ils forment à travers l'infini | la société païenne, la femme se révèle une procession au-devant de Dieu. Les en ouvrant les cieux nouveaux; l'amou conversations de ces pèlerins de l'im- chrétien la déife. La Madone de Bethriensité marquent les stations de l'univers. léem était devenue l'âme de l'Église, Enfin au terme de l'éternel voyage, le Béatrix devient l'âme du poëme. Christ est le seul compagnon.

Malgré une alliance si intime avec les Tel est l'esprit dans lequel le moyen sentiments populaires, qui croirait que âge lisait son poëte. Il y a entre les l'Homère italien a si faiblement agi sur vieux commentateurs une émulation de l'éducation de l'Italie ? il n'a pu raviver, plonger plus avant dans le mystère ; transformer la religion nationale ; il a quelquefois la curiosité de l'âme leur trouvé dans l'immutabilité du culte un arrache des paroles d'inspirés : “Quand obstacle invincible à la vie nouvelle qu'il j'ouvre mes yeux à cette doctrine cachée portait en lui-même et voulait propager. de Dante, dit Landini, une horreur C'est-à-dire que son influence a été imsoudaine me saisit ; je deviens tel qu'un mense sur les individus, et nulle sur la oiseau de nuit surpris par la lumière.". société ; il a élevé des hommes, non un

Après la renaissance du seizième siècle, peuple; il a remvé des personnes, il n'a on perdit peu à peu la trace de ce génie pu ébranler une nation. intérieur. L'épopée du moyen âge Mais dans ces limites, où est l'Italien frappa le dix-huitième siècle par un côté qui ne lui ait emprunté quelque chose ? qui n'avait pas été vu encore, par les De ces grands individus, qui çà et là dehors, les peintures physiques, l'har- tiennent la place d'un peuple, quel est monie des mots, semblable à un astre celui qui ne lui doive une partie de sa qui, dans sa lente rotation, montrerait à grandeur ? Raphaël et Michel-Ange des siècles différents des faces opposées. vivent de la vie nouvelle dans leurs

Ce qui est de tous les temps, de tous peintures, Machiavel dans sa politique, les lieux, c'est l'union de Béatrix et de Vico dans sa philosophie. Toutes les Dante par delà les siècles. Béatrix âmes, exténuées par de trop grandes n'apparait qu'au milieu du grand voyage. épreuves, se retrempent dans cette âme Lorsque vous commencez à vous égarer invulnérable. L'Italie ne l'oublie que dans l'immensité, la jeune fille de Flo- lorsqu'elle s'oublie elle-même : toutes rence descend de haut des cieux; elle les fois qu'elle se réveille, elle trouve à est voilée et elle sourit. Les séraphins son chevet les pages de l'ante. Pen. jettent au-devant d'elle un nuage de dant le moyen âge, elle tient le volume fleurs. Ses souvenirs de la vallée de ouvert et le commente comme un codi. l'Arno, ses reproches, la contenance cille du Nouveau Testament ; quand le tremblante du poëte, tout atteste la ré- despotisme l'écrase, elle abandonne les alité ; les mystères des mondes sont pages sibyllines, parce qu'elle abandévoilés comme la conversation de deux donne l'espoir. Mais alors le livre est amants. C'est le dialogue de Roméo et emporté par les cxilés, les proscrits, de Juliette au bord de l'infini dans par tous ceux qui vont errant de lieux l'auroie éternelle.

en lieux, pour ne pas voir la face de Dante achève de boire dans le fleuve l'étranger sur le sol de leur pays. Le Eunoë l'oubli du monde antique : il pamphlet du quatorzième siècle est

entre leurs mains une conspiration per- à ses triomphes. Lors donc qu'il acmanente pour la liberté, l'indépendance cueillit la philosophie, c'est qu'elle se d'une pairie perdue : ils y retrouvent présenta sous les auspices de Scipion et leurs larmes et leurs pensées d'aujour. d'Ennius, s'engageant ainsi à servir et à dohui. L'obscurité même du texte les plaire ; et depuis elle ne cessa pas de se protege; car ils cherchent à y épier prévaloir du patronage commun des l'aurore du lendemain ; quelquefois, hommes d'Etat et des poëtes. Elle visi. passant comme Dante des tourments de tait la retraite de Cicéron, accompagnait l'enser aux félicités du ciel, ils voient Sénèque dans l'exil, mourait avec Thrasoudainement l'Italie renaître sous la séas, dictait à Tacite, régnait avec Marcfigure de cette Béatrix radieuse qui Aurèle, et s'asseyait dans l'école des cache, disent-ils, dans les plis verts de jurisconsultes, qui ramenaient toute la sa robe, les vertus vallées des Apennins science des choses divines et humaines et de la Calabre.

à la détermination du bien et du mal.

Elle avait convié à ses leçons Lucrèce, LA PHILOSOPHIE ITALIENNE. Virgile, Hornce, Ovid et Lucain. Les

systèmes de Zénon et d'I picure, prompts Ozanam, Dante et la Philosophie Catholique à se résoudre en conséquences morales, au Treizième Siècle, Partie 1. Ch. III.

les traditions de Pythagore empreintes 1. Trois choses inséparables, le vrai, d'une ineffaçable beauté, obtinrent seuls le bien et le beau, sollicitent l'âme de le droit de cité romaine.-Le Christian. l'homme à la fois par le sentiment de isme vint féconder de nouveau le sol leur absence actuelle et par l'espoir d'un italien que tant d'illustres enfantements rapprochement possible. Le désir du semblaient devoir épuiser. Après Pan. bien fut la première préoccupation des thénus, l'abeille de Sicile et le premier premiers sages, et la philosophie à son fondateur de l'école chrétienne d'Alexorigine, ainsi que son nom le témoigne andrie; après Lactance et saint Ambroise, (Vidogopía), fut læuvre de l'amour. le génie des anciens Romains revécut au Mais, le bien ne pouvant se faire sans sixieme et au septième siècle dans deux être d'abord perçu comme vrai, la pra. de leurs plus nobles descendants, Boece tique incertaine appela le secours de la et saint Grégoire. L'un, martyr du spéculation : il fallut étudier les êtres courage civil, sut prêter à la philosophie pour déterminer les lois qui les unissent. un langage harmonieux et consolateur ; On ne pouvait approcher du vrai sans l'autre, infatigable pontise, laissa pour être frappé de sa splendeur, qui est le monuments dans l'histoire de l'esprit beau : l'harmonie des êtres, se réfléchis humain ses livres aclmirables sur les disant dans les conceptions des savants, vines Écritures et le système de chant devait se reproduire jusque dans leurs demeuré sous son nom. --Aux derniers discours. La philosophie des premiers temps, le soleil italien ne cessa pas de luire lemps fut donc morale dans sa direction sur des générations de philosophes, moit poétique dans sa forme.

ralistes jurisconsultes, publicistes, et de T'elle au sein de l'école pythagori- poëtes qui se firent honneur de philosocienne elle apparut pour la première fois pher. C'est Marsile Ficin, confondant en Italie. Alors les villes lui demande en son enthousiasme neoplatonique la rent des lois, et plus tard les métaphy- science, l'art et la vertu; c'est Machiavel, siciens d'Elée et Empedocle d'Agrigente qu'il suffit de non mer; Vico et Gravina, chantèrent les mystères de la nature traçant les lois fondamentales de la sedans la langue des dieux. – Puis Romeciété, l'un avec d'hiéroplyphiques sym. fut, et, comme nom l'annonçait boles, l'autre avec la même plume qui (Póun), Rome fut la force ; et cette écrira plus tard les statuts de l'académie force, mise en action, devint l'empire du des Arcades ; c'est aussi Pétrarque, demonde. Le peuple romain devait donc scendant couronné du Capitole pour aller être doué surtout de génie de l'action. méditer à la clarté de sa lampe solitaire Cependant le sentiment de l'art ne lui “les remèdes de l'une et de l'autre formanquait pas non plus : il fallait d'har- tune ;” Tasse se reposant des combats monieuses paroles à ia tribune, des chants de la Férusalem délivrée dans l’admir:

son

se rencontrer

en

ables dialogues ; et, s'il est permis de expliquer l'origine des doctrines nouciter des célébrités plus récentes et non vellement apparues, ct qu'Arnaud de moins chères, Manzoni et Pellico. Villeneuve, par exemple, passait pour

On peut donc reconnaître parmi les l'adepte d'une secte" pythagoricienne philosophes d'outre-monts un double disséminée dans les principales villes caractère, antique, permanent et pour de la Pouille et le la Toscane. — Mais ainsi dire national ; car la permanence la vigueur exubérande de la philosophie des habitudes, qui fait la personnalité italienne ne manifeste surtout dans la chez les individus, constitue aussi la na- mémorable lutte qui s'engagea, et qui, tionalité parmi les populations. On peut analogue à celle du sacerdoce et le dire qu'il existe une philosophie italienne l'empire, continua pendant plus de deux qui a su maintenir dans leur primitive cents ans entre les systèmes orthodoxes alliance la direction morale et la forme et les systèmes hostiles. Il y aurait poétique; soit que sur cette terre bénie peut-être le sujet d'interessantes recherdu ciel, en présence d'une nature siches à faire dans les doctrines des Fra. ictive, l'homme aussi apporte dans tricelles, de Guillemine de Milan, des l'action plus de vivacité et plus de bon- Frères Spirituels, où la communaute heur, soit qu'un dessein d'en haut ait absolue de corps et de biens, l'émanciair:si fait l'Italie pour être le siége prin pation religieuse des femmes, la prédi. cipal du catholicisme, en qui devaient cation d'un évangile éternel, rappelle.

une philosophie excel-raient les tentatives modernes du saintiemment pratique et poétique, les idées simonisme. Mais, en se restreignant réunies et réalisées du vrai, du bien et du aux faits purement philosophiques, on beau.

rencontre de plus surprenants enII. Au moyen âge, la philosophie core. Dès l'année 1115, les épicuriens italienne n'était ni moins florissante ni étaient assez nombreux à Florence pour moins fidèle à son double caractère. y former une faction redoutée et pour A la fin des siècles barbares, le B. Le provoquer des querelles sanglantes; plus franc et saint Anselme, sorris de Pavie tard, le matérialisme y apparaissait et d'Aoste pour aller prendre possession comme la doctrine publique des Gi. l'un après l'autre du siége primatial de belins. Les petits-fils d'Averrhoës fu. Cantorbéry, inaugurèrent dans l'Europe rent accueillis à la cour italienne des septentrionale les études régénérées. Hohenstaufen en même temps qu'une Le Lombard Pierre fut porté par l'ad. colonie sarrasine était fondée à Nocera miration universelle, de sa chaire de et faisait trembler Rome, Frédéric II. professeur, à l'évêché de Paris. Pen- ralliait autour de lui toutes les opinions dant que Jean Italus faisait honorer son perverses, et semblait vouloir constituer nom dans l'école de Constantinople, une école antagoniste de l'enseigne. Gérard de Cremone, fixé à Tolède, in- ment catholique. Cette école, quelque terrogeait la science des Arabes, et ap- temps reduite au silence après la chute prenait aux Espagnols à s'enricher des de la dynastie qui l'avait protégée, dépouilles scientifiques de leurs enne- reprit des forces lorsqu'un autre empe. mis. Bologne avait été le siège d'un reur, Louis de Bavière, descendit des enseignement philosophiques qui ne Alpes pour aller recevoir la couronne manqua pas d'éclat, avant de voir com- des mains d'un antipape. Un peu plus mencer ces leçons de jurisprudence qui tard Pétrarque, en citant dans ses disla rendirent si célèbre. La logique et cours saint Paul et saint Augustin, la physique ne cessèrent point d'y être excitait un sourire dédaigneux sur les assidûment professées au treizième siè- lèvres des savants qui l'entouraient, adocle. Padoue n'avait rien à envier à sa rateurs d'Aristote et des commentateurs rivale. Milan comptait près de deux arabes. Ces doctrines irréligieuses cents maîtres de grammaire, de logique, étaient pressées de ce réduire en volup. de médecine et de philosophie. Enfin, tés savantes : elles eurent des poëtes la renomée des penseurs de la Pénin- pour les chanter.-La vérité toutefois sule était si grande dans toutes les pro- ne demeura point sans défenseurs, pour vinces du continent, qu'elle servait à elle furent suscités deux hommes que

par les

Euvres de Dante.

nous avons déjà rencontrés parmi les l'empreinte nationale, pourvu avec une plus grands de leur âge, saint Thomas égale libéralité des facultés contemplal'Aquin et saint Bonaventure, qu'il faut tives et des facultés actives, non moins appeler ici comme deux gloires ita- éminemment doué de l'instinct moral iennes. Moralistes profonds, ils furent que du sentiment littéraire. Il fallait encore poétiquement inspirés, l'un quand trouver quelque part une âme en qui I composa les hymnes, qui devaient un ces dispositions réunies par la nature jour désespérer Santeuil ; l'autre, lors- fussent développées encore qu'il écrivit le cantique traduit par épreuves d'une vie providentiellement Corneille. Ægidius Colonna combaitit prédestinée, et qui, fidèle aux impres. aussi l'averrhoïsme de cette même plume sions venues du dehors, eût toutefois qui travait des leçons aux rois. Alber- l'énergie nécessaire pour les rassembler tano de Brescia publia trois traités et produire à son tour. d'éthique en langue vulgaire. On en pourrait citer d'autres encore qui furent vantés à leur époque, et qui ont éprouvé LA DIVINE COMÉDIE. ce qu'il y a de trompeur dans les applaudissements des hommes.

Lamennais, Introduction sur la vie et les Mais de toutes les cités assises au pied de l’Apennin, aucune ne put s'en Quoi qu'il en soit, le poëme entier, orgueillir d'une plus heureuse fécondité sous ses nombreux aspects, politique, que la belle Florence. Déchirée par historique, philosophique, théologique, les guerres intestines, si elle enfantait offre le tableau complet d'une époque, dans la douleur, elle se donnait des des doctrines reçues, de la science vraie enfants immortels. Sans compter Lapo ou erronée, du mouvement de l'esprit, Fiorentino, qui professa la philosophie des passions, des meurs, de la vie ensin à Bologne, et Sandro de Pipozzo, au- dans tous les ordres, et c'est avec raison teur d'un traité d'économie dont le qu'à ce point de vue la Divina Commedia succès fut populaire, elle avait vu naître a été appelée un poëme encyclopédique. Brunetto Latini et Guido Cavalcanti. Rien, chez les anciens comme chez les Brunetto, notaire de la république, modernes, ne saurait y être comparé. avait su, sans faillir à ses patriotiques En quoi rappelle-t-elle l'épopée antique, fonctions, servir utilement la science : qui, dans un sujet purement national, il avait traduit en italien la Morale n'est que la poésie de l'histoire, soit d'Aristote ; il rédigea, sous le titre de qu'elle raconte avec Homère les légendes Trésor, une encyclopédie des connais. héroïques de la Grèce, soit qu'avec Virsances de son temps, et donna dans gile elle célèbre les lointaines origines de son Tesoretto l'exemple d'une poésie Rome liées aux destins d'Énée ? D'une didactique où ne manquait ni la justesse ordre différent et plus général, le Paradis de la pensée ni la grâce de l'expression. perdu n'offre lui-même que le développeGuido Cavalcanti fut salué le prince de ment d'un fait, pour ainsi parler, dog, la Lyre : un chant qu'il composa sur matique : la création de l'homme, poussé l'amour obtint les honneurs de plusieurs à sa perte par l'envie de Satan, sa déso. commentaires auxquels les théologiens béissance, la punition qui la suit de près, les plus vénérés ne dédaignèrent pas de l'exil de l'Eden, los maux qui, sur une mettre la main. Il aurait été admiré terre maudite, seront désormais son parcomme philosophe si son orthodoxie tage et celui de ses descendants, et, pour fût demeurée irréprochable. C'était consoler tant de misère, la promesse d'une assez de deux citoyens de ce mérite rédemption future. Qu'ont de commun pour honorer une ville déjà fameuse : ces poèmes, circonscrits en un sujet spé. un troisième pourtant était proche, qui cial, avec le poëme immense qui emles allait faire oublier.

brasse non-seulement les divers états de III. La philosophie du reizième l'homme avant et après la chute, mais siècle devait donc demander à l'Italie encore, par l'influx divin qui de cieux le poëte dont elle avait besoin ; mais en cieux descend jusqu'à lui, l'évolution l'Italie devait le donner marqué de de ses facultés, de ses énergies de tous

в в

nous

genres, ses lois individuelles et ses lois domaine du poëte, et c'est là qu'on re; sociales, ses passions variées, ses vertus, trouve Dante tout entier, là qu'il prend ses vices, ses joies, ses douleurs; et non. sa place parmi ces hauts génies dont la seulement i'homme dans la plénitude de gloire est celle de l'humanité même. sa propre nature, mais l'univers, mais la Aucun n'est plus soi, aucun n'est doue création et spirituelle et matérielle, mais d’une originalité plus puissante, aucun l'oeuvre entière de la Toute-Puissance, ne posséda jamais plus de force et de de la Sagesse suprême et de l'Éternel variété d'invention, aucun ne pénétra Amour ?

plus avant dans les secrets replis de l'âme Dans cette vaste conception, Dante et dans les abîmes du coeur, n'observa toutefois ne pouvait dépasser les limites mieux et ne peignit avec plus de vérité où son siècle était enfermé. Son épopée la nature, ne fut à la fois plus riche et est tout un monde, mais un monde cor- plus concis. Si l'on peut lui reprocher respondant au développement de la pen- des métaphores moins hardies qu’ésie et de la société en un point du temps tranges, des bizarreries que réprouve le et sur un point de la terre, le monde du goût, presque toujours, comme Moyen âge. Si le sujet est universel, l'avons dit, elles proviennent des efforts l'imperfection de la connaissance le ra- qu'il fait pour cacher un sens sous un mène en une sphère aussi bornée que autre sens, pour éveiller par un seul mot l'était, comparée à la science postérieure, des idées différentes et parfois dispacelle qu'enveloppaient dans son étroit rates. Ces fautes contre le goût, qui berceau les langues de l'École. En reli- ne se forme qu'après une longue culture gion, en philosophie, l'autorité traçait chez les peuples dont la langue est fixée, autour de l'esprit un cercle infranchis- sont d'ailleurs communes à tous les poëtes sable. Des origines du genre humain, par qui commence une ère nouvelle. Ce de son état primordial, des premières sont, dans les oeuvres de génie, les taches idées qu'il se fit des choses, des premiers dont parle Horace,sentiments qu'elles éveillèrent en lui, des

“ Ubi plura nitent in carmine, non ego paucis antiques civilisations, des religions primi Offendar maculis." tives, que savait-on ? Rien. L'Asie presque entière, ses doctrines, ses arts, Elles ressemblent à l'ombre de ces ses langues, ses monuments, n'étaient nuages légers qui passent sur des campas moins ignorés que la vieille Égypte, pagnes splendides. que les peuples du nord et de l'est de Lorsque après l'hiver de la barbarie l'Europe, leurs idiomes, leurs meurs, le printemps renait, qu'aux rayons du leurs croyances, leurs lois. On ne soup- soleil interne qui éclaire et réchauffe, çonnait même pas l'existence de la moitié et ranime les âmes engourdies dans de du globe habité. Le cercle embrassé par froides ombres, la poésie refleurit, ses la vue déterminait l'étendue des cieux. premières fleurs ont un éclat et un parLa véritable astronomie, la physique, la fum qu'on ne retrouve plus en celles chimie, l'anatomie, l'organogénie étaient qui s'épanouissent ensuite. à naître : il faut donc se reporter à l'éductions de l'art, moins dépendantes de poque de Dante pour comprendre la l'imitation et des règles convenues, of. grandeur et la magnificence de son frent quelque chose de plus personnel,

une originalité plus marquée, plus puis. Nous avons expliqué les causes des sante. Dante en est un exemple frap. obscurités qui s'y rencontrent, causes pant.

Doublement créateur, il crée diverses auxquelles on pourrait ajouter tout à la fois un poëme sans modèle et encore les subtilités d'une métaphysique une langue magnifique dont il a gardé avec laquelle très-peu de lecteurs sont le secret ; car, quelle qu'en ait été l'inaujourd'hui familiarisés, et dont la langue luence sur le développement de la lanmême, pour être entendue, exige une gue littéraire de l'Italie, elle a néan. étude spéciale et aride. Mais, en lais. moins conservé •un caractère à part, sant à part le côté obscur, il reste ce qui qui la lui rend exclusiveinent propre. appartient à la nature humaine dans tous La netteté et la précision, je ne sais les temps et dans tous les lieux, l'éternel quoi de bref et de pittoresque, la dis.

Les pro

Cuvre.

« PreviousContinue »