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1. « Les lettres ( építres ) de Boileau sont misérables en toutes sortes de manières, et c'est par là qu'on reconnaît qu'elles sont véritablement de lui. » Sainte-Garde, page 57.

II. Selon Marmontel (Élém. de littérature , III, 252) les défauts dominans des épîtres de Boileau sont la sécheresse et la stérilité, des plaisanteries parasites, des vues courtes et de petits dessins. On lui a appliqué ce vers (Art poét., ch. 1):

Dans son génie étroit il est toujours captif. «Son mérite est dans le choix heureux des termes et des tours. Il se piquait surtout de rendre avec grâce et avec noblesse des idées communes qui n'avaient point encore été rendues en poésie... » ... Une des choses, par exemple, dit ailleurs Marmontel (Encyclopédie , Grammaire, mot Épître ), qui flattaient le plus Boileau comme il l'avoue lui-même, était d'avoir exprimé poétiquement sa perruque 1...

Les fragmens suivans dispensent de toute observation sur la critique injuste de Marmontel.

III. « Les épîtres de Boileau sont des chefs-d'æuvre de raison autant que de poésie. » Voltaire, Dict. phil., mot art poét.

IV. « Dans les épîtres et le Lutrin les éloges unanimes qu'on accorde au poète ne peuvent plus être mêlés d'aucune plainte, d'aucune chicane contre le critique. S'il est inférieur à Horace dans les satires (excepté la ix®), il est pour le moins son égal dans les épîtres. Je ne crois pas même que les meilleures du favori de Mécène puissent soutenir le parallèle avec l'épître à M. de Seignelay sur le vrai (épître ix) et avec celle qui est adressée à

i Allusion à ce que Boileau écrit à Maucroix (lettre du 29 avril 1695, au tome IV), en lui envoyant les vers 25 à 28 de l'épitre x.

M. de Lamoignon sur les plaisirs de la campagne (épître vı) mis en opposition avec la vie inquiète et agitée qu'on mène à la ville. Auguste, dans les épîtres d'Horace, n'a jamais été loué avec autant de finesse, ni chanté avec un ton si noble, si élevé et si poétique, que Louis XIV l'a été dans celles de Despréaux. Enfin celles d'Horace n'ont pas un seul morceau comparable au passage du Rhin : il y a plus de mérite encore dans la louange délicate que dans la satire ingénieuse, et notre poète possède éminemment l'un et l'autre... Si la versification de ses épîtres est plus forte que celle de ses satires, elle est aussi plus douce et plus flexible. Le censeur s'y montre moins et l'homme s'y montre davantage: c'est toujours le même fond de raison, mais elle éclaire souvent sans blesser.... Quand Boileau introduit dans ses épîtres un interlocuteur, il dialogue bien mieux que dans ses satires. Il supprime toute formule de liaisons , ces dis-tu, poursuis-tu , diras-tu, qui reviennent si fréquemment dans sa satire contre les femmes et ailleurs, et jettent de la langueur dans le style... Ce progrès est d'autant plus louable, que dans les nombreuses critiques où l'on épluchait vers par vers toutes les poésies de l'auteur, on ne lui avait point reproché ce défaut, et cela prouve que les réflexions d'un bon écrivain l’instruisent mieux que toutes les censures.» La Harpe, Lyc. VI, 230 et suiv.

V. « Boileau produisit ces ouvrages qui assurept à jamais sa renommée. Il fit' ses belles épîtres, où il a su mêler à des louanges finement exprimées, des préceptes de littérature et de morale rendus avec la vérité la plus frappante et la précision la plus heureuse. » D'Alembert, 1, 45.

VI. Combien de vers des épitres à Lamoignon, à Guilleragues , à Seignelay, sont devenus proverbes et se répètent tous les jours ! H faut bien qu'ils n'expriment pas des idées triviales. L'épître au grand Arnauld n'a-t-elle pas un but très moral, malgré les réflexions critiques d'un littérateur très distingué (Marmontel)?... Fontanes, Disc. prélimin. de la traduction de l’Essai sur l'homme de Pope.

VII. Lorsque Boileau composait une épître, dit Dussault (Annal. littér., II, 151 et suiv.), il y traitait une question générale et ne s'amusait pas, comme certains auteurs modernes, à faire catégoriquement l'inventaire des productions et l'histoire de la vie de celui à qui il s'adressait. Prenons pour exemple l'épître vil..... Boileau se propose de consoler Racine des chagrins que lui causaient ses ennemis, et particulièrement de l'injustice qu'il venait d'essuyer à l'occasion de la tragédie de Phèdre. Un auteur de notre temps n'aurait voulu perdre aucun des avantages de son sujet : il eût énuméré longuement tous les succès que Racine avait obtenus au théâtre, et lui eût présenté la liste fidèle de ses tragédies; Boileau n'en nomme que trois : Iphigénie, Britannicus et Phèdre; il aime mieux lui montrer par des raisonnemens et par des exemples quel a toujours été, quel a dû toujours être le sort des grands talens, et quelle utilité l'homme de génie peut tirer de ses ennemis mêmes. Son épître, s'il l'avait composée à la manière actuelle, n'eût été qu'un fade panegyrique de Racine; telle qu'il l'a conçue et exécutée, cette consolation adressée à son ami devient une leçon pour tous les âges.

Dussault cite encore pour exemple l'épître xı (son analyse est ci-après à la note i de cette épître), et ajoute : « Qu'on parcoure ainsi toutes les épîtres de cet écrivain accusé par nos penseurs de manquer d'idées et de n'être qu'un habile er fileur de mots, on verra qu'elles renferment des points très importans de philosophie morale, soit que l'auteur fasse voir (épit. v) que la véritable félicité consiste dans la connaissance de soi-même, soit qu'il approfondisse (épître 1x) la nature du vrai, soit qu'il expose (épître 111) les dangers de la mauvaise honte, soit enfin qu'il montre (épître 1) à un roi guerrier et conquérant les avantages de la paix et les écueils d'une'ambition déréglée... » Annal. littér. II, 153.

VIII. « Despréaux possède sans doute au plus haut degré le talent d'écrire; mais il n'y a pas moins de correction dans ses dessins

que dans son style; et c'est à la noblesse et à la vérité des pensées qu'il doit le plus souvent la beauté, la grâce et l'é

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i Voy. ci-après, note i de l'épitre vii, unc 'autre analyse de la même épitre, par M. Andrieux.

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