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Un malin, mais gentil minois,
A qui, par son joli ramage,
Le faible et tendre Legouvé
Avait ou bien ou mal prouvé
Qu'une femme était sur la terre
Une petite déité.
Malgré l'avis de la beauté,
J'ai pris le parti de la guerre. .
Je la fais avec loyauté.
Si le beau sexe est révolté
De mon penchant vers la satire,
Qui l'oblige donc à me lire ?
Ce n'est pas pour lui que j'écris.
Qu'il reste en paix à sa toilette.
Mais ce qui vraiment m'inquiète,
Ce sont les docteurs de Paris,
Gens illustres , gens érudits ,
Qui tous d'une voix aigrelette
Vont déchirer ces vieux tableaux,
Dont la vigueur mâle et hardie
N'est plus qu'une pâle copie,
Dans nos idiomes nouveaux.
Hélas ! dans leur sainte colère,
Ils me traiteront de corsaire,
Pour avoir, dans l'occasion,
Feuilleté l'exact Tarteron,
Pris un vers à Lamorignière,
Un hémistiche au grand Thomas;
Et pour avoir, de haut en bas,
Traité le teinturier des grâces ,
Comme jamais on ne traita

L'Adonis de dame Honesta.
Quelles clameurs! quelles menaces!
Devant moi sont deux ennemis
Dont vous connaissez la puissance;
Tout aujourd'hui leur est soumis.
Que faire dans cette occurrence ?
De quels moyens userons-nous
Pour calmer ces deux adversaires ?
Les femmes sont rancunières,
Les Aristarques loups-garoux.
Suivons le précepte du sage.
Souvent le fat qui nous outrage,
Nous donne de meilleurs avis
Que nos flatteurs, que nos amis.
En profiter , voilà, je pense,
Une belle et noble vengeance.

O mon aimable protecteur!
Vous approuverez ma sagesse:
Je prétends être, comme auteur,
Un philosophe de la Grèce,
Modeste autant que Fénélon,
Plus patient que Siméon,
Perché dix ans sur sa colonne;
Mais que dis-je? Dieu me pardonne!
Avec tant de perfections,
Je finirais par vous déplaire.
Je parle trop.... c'est l'ordinaire
De ces pauvres auteurs gascons
Qui sur tel point sont assez femmes.
De cet originel péché

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Votre serviteur entaché
Serait-il au milieu des flammes
Impitoyablement jeté,
Pour avoir, sans méchanceté,
Mis en vers quelques épigrammes ;
Pour avoir, en parlant des dames,
Bien saisi son original ?
Mon guide, un peu trop déloyal,
Concis dans toute autre satire,
Ne disant que ce qu'il faut dire,
En matrone dans celle-ci
Ne babille pas à demi,
Qu'y faire ? le nom d'une belle
Est, je crois, un vrai talisman.
La peint-on dévote, cruelle,
Pleine d'esprit et d'agrément,
Son influence vous entraîne;
On parle jusqu'à perdre haleine,
Et vous n'avez jamais tout dit.
Un défaut même vous séduit,
L'image succède à l'image,
Et jusqu'à la centième page,
Sans y songer, on est conduit.

Ayez pour moi quelque indulgence;
Si je suis prolixe et diffus,
Du moins n'ai-je pas l'impudence,
Comme l'un de nos Mævius,
De vouloir prouver que Voltaire
N'était qu'un esprit ordinaire ;
Que le sophiste Genevois,

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Avait blessé toutes les lois
Du bon goût et de l'éloquence.
Loin de moi cette extravagance ;
Je laisse à nos pieux auteurs
Le soin d'opérer ces merveilles,
Et si j'ai de longues oreilles,
Certes, ce ne sont pas les leurs.
J'esquisse, je peins , je copie,
Je lance mes traits au hasard ,
Voilà mon unique folie;
Si quelquefois je suis bavard,
A Juvénal en est la faute:
Et lorsque mon maître radote,
Bon gré, mal gré, je dois aussi
Radoter, même plus que lui.
Nous sommes de singuliers êtres,
N'ai-je pas lu dans un écrit ?
C'est la Sévigné qui le dit,
Je crois , dans une de ses lettres.
« Les traducteurs sont des valets
« Fort peu fidèles à leurs maîtres,
« Et mille fois plus indiscrets... »
Or, profitons de la licence...
A ces mots j'entends la raison
Qui murmure, et me dit : Silence!
L'ennui n'est jamais de saison.
Il faut finir; aux yeux

d'un

sage Hâte-toi d'offrir ton ouvrage; S'il daigne sourire à l'auteur, Nous aurons bien plus de courage Pour braver les cris du censeur.

J'obéis; à sa seigneurie
Je présente mon manuscrit.
Heureux si sa main applaudit
Au travail de toute ma vie.
Quel travail!! si j'ai réussi,
Vous devant ma persévérance,
Je dois publiquement aussi
Vous marquer ma reconnaissance,
Non en termes éblouissans,
Vils échos de la flatterie :
Je n'ai jamais su de ma vie
Faire fumer un grain d'encens,
Et j'ai toujours pris pour devise,,
Gloire, honneur, respect aux talens,
Vérité, courage, franchise.
Mais guerre à tous ces écrivains
De qui la plume mercenaire
Vient chaque jour mettre à l'enchère
Madrigaux, sonnets et quatrains.
Dans mes écrits, franc et sincère,
J'en conviendrai, je cherche à plaire;
Mais là se bornent tous mes veux.
Loin de moi les ambitieux !
Je suis le précepte d'Horace.
Si la fortune me sourit,
Je la caresse, je l'embrasse;
Mais si la bizarre me fuit,
Je la laisse à sa fantaisie,
Courant et par monts et par vaux ,
Chercher des favoris nouveaux.
Irai-je faire la folie

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