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De gagner une pleurésie ,
Et mourir dans l'anxiété
En poursuivant la déité?
Non, et ma muse me seconde
De la meilleure foi du monde,
En plaisantant sur les erreurs,
Sur les écarts, sur les rigueurs
De l'immortelle vagabonde.
Or donc, mon grave protecteur ;
Chez moi point d'arrière-pensée;
Et pour ma prose cadencée
Je n'espère d'autre faveur
Qu'un sourire de bienveillance;
Accordez-le-moi de bon cour,
Grande sera ma récompense.

Et suis avec le plus profond respect et la plus haute considération,

DE MONSIEUR LE COMTE,

Le très-humble et obéissant serviteur,

FABRE DE NARBONNE.

SATIRES

DE

DECIUS JUNIUS

JUVÉNAL.

T. II.

SATIRÆ.

SATIRA VI.

Dehortaturus Juvenalis amicum suum Ursidium Posthumum å

ducendâ uxore, ingenti arte utitur. Omnia enim vitia quibus obnoxium est fæmineum genus conmemorat. Nihil omittens quod ad partes dissuasionis attineat. Nihil apud veteres et apud recentiores hoc opere vividius , fortius et elegantius.

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Credo pudicitiam , Saturno rege, moratam
CREDO
In terris , visamque diù , quùm frigida parvas
Præberet spelunca domos, ignemque, laremque,
Et pecus, et dominos communi clauderet umbrâ :
Sylvestrem montana torum quùm sterneret uxor

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a Imitation:

Sous le bon roi Saturne, ami de la douceur,
L'Honneur, cher Valincourt, et l'Équité sa seur,
De leurs sages conseils éclairant tout le monde,
Régnaient, chéris du ciel, dans une paix profonde.

Boileau, Sat. 31. b On a beaucoup disputé sur l'origine des habitans qui remplissent notre médiocre planète; on ne peut lire sans éprouver un mouvement de

DE D. J. JUVENAL.

SATIRE VI.

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Juvénal , pour dissuader Ursidius Posthumus de subir le joug du

mariage, s'élève avec la plus grande force et la plus grande énergie contre les vices et les défauts des femmes ; la multiplicité des tableaux qu'il présente à son ami doivent nécessairement le détourner de la résolution qu'il a prise. Nous n'avons rien, ni chez les anciens ni chez les modernes, de plus fort,

de plus vif , et en même temps de mieux écrit que cette satire.

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Il paraît que cette satire a été écrite sous le règne de Trajan.

LES FEMMES.

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La pudeur, je le crois, sous le règne d’Astrée a,
Quelque temps ici bas put se voir honorée;
Mais un rocher alors, dans ses flancs ténébreux,
Renfermait les troupeaux et leur maître et ses dieux b;
L'épouse de ses bras, que les monts virent naître,
Dépouillait, pour

dresser un lit simple et champêtre,

surprise et d'indignation les extravagances des anciens philosophes et des anciens poëtes : ce qu'il y a de vrai, c'est que les hommes non civilisés devaient vivre dans les régions froides et humides, à

peu près comme vivent encore les habitans de la Nouvelle-Hollande , et quelques indigènes du nord ou du midi de l'Amérique; mais quels furent les premiers peuples qui se réunirent en corps de société ? L'histoirc profane ne nous offre que des fables, des invraisemblances, et l'on a beau vouloir pénétrer dans ce dédale, on n'a point pour se diriger dans le labyrinthe le fil d'Ariadne.

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Frondibus et culmo, vicinarumque ferarum
Pellibus : haud similis tibi ', Cynthia , nec tibi , cujus
Turbavit nitidos extinctus passer ocellos;
Sed potanda ferens infantibus ubera magnis,
Et sæpe horridior glandem ructante marito.
Quippè aliter tunc orbe novo, coloque recenti,
Vivebant homines, qui rupto' robore nati,
Compositive luto , nullos habuêre parentes.
Multa pudicitiæ veteris vestigia forsan ,
Aut aliqua exstiterint, et sub Jove, sed Jove nondum
Barbato, nondùm Græcis jurare paratis

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Cynthie, courtisane qui vivait du temps d'Auguste , et dont parle Properce : son véritable nom, dit Apulée, était Hostia. (Voyez la première élégie du poëte latin.) Lesbie, courtisane chérie par le poëte Catulle: : son véritable nom était Claudia. Son amant la immortalisée par cette jolie élégie passer deliciæ meæ puellæ, passer mortuus est. Le commentateur Gaspard Barthe assure que Juvénal plaisante ici les Romains qui tiraient leurs pelleteries des régions hyperborées de l'Europe, et dépensaient des sommes immenses pour orner leurs lits. Cette opinion paraîtrait vraisemblable d'après l'adjectif vicinarun. Cependant presque tous les poëtes et les historiens de l'antique Rome assurent que les tapis dont on couvrait alors les lits de l'opulence, étaient ordinairement de pourpre, et la peau de bouc ou de chèvre ornait le grabat du pauvre.

b De sa rustique mère. Ce qui me surprend, ce qui me surprendra toujours, c'est la différence qui existe entre les hommes et les hommes placés nus sur un globe qui roule dans l'espace : les uns sont parvenus au dernier degré de civilisation, et les autres sont encore tels que la nature les a faits. Le climat , dira-t-on, a la plas grande influence sur le moral et le physique de l'homme; mais l'Europe était, il y a environ trois mille trois cents ans, d'après le calcul des marbres d’Arundel, ce qu'est aujourd'hui la Nouvelle-Hollande. Comment s'est-elle civilisée ? Les communications étaient plus fréquentes , répondra-t-on; et l'Amérique ne jouissait-elle pas des mêmes facilités que l'ancien continent, et dans quel état l'avons-nous trouvée ? Je m'arrête devant l'Asie. Cette opinion des anciens sur les premiers hommes, sur les hommes non civilisés n'était donc pas dépourvue de bon sens? Il est évident aujourd'hui que les anciens habitans de l'Europe avaient des poils hideux sur

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