Trouble bipolaire chez le patient présentant un retard mental

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2005 - 118 pages
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Le retard mental est un trouble fréquent qui touche environ 2% de la population, avec une légère prédominance masculine en ce qui concerne le retard mental léger. Il peut être en rapport avec de multiples étiologies et entraîne un handicap d'autant plus lourd que la déficience mentale est sévère. Les troubles psychiatriques sont globalement plus fréquents chez les personnes atteintes de retard mental que dans la population générale avec toutefois des chiffres hétérogènes. Ainsi, selon les études de prévalence des troubles psychiatriques dans cette population, les chiffres vont de 10 jusqu'à 60% quand sont pris en compte les troubles du comportement. En revanche, la prévalence du trouble bipolaire chez les patients déficients intellectuels apparaît être sensiblement identique à celle de la population générale, soit 1 à 2%. Les troubles bipolaires sont difficiles à diagnostiquer chez les patients souffrant de retard mental du fait : 1) de l'habituelle tendance à attribuer tout symptôme au retard mental lui-même ; ce phénomène est appelé " diagnostic overshadowing " ; 2) d'une moins bonne approche sémiologique en rapport avec les capacités langagières limitées chez les patients déficients intellectuels ; 3) d'une présentation de l'état maniaque et de l'épisode dépressif quelque peu différente chez le patient atteint d'une déficience intellectuelle (et ceci d'autant plus que le retard mental est plus grave) avec, comme nous le retrouvons pour les trois cas cliniques étudiés : pour l'état maniaque, une tendance à l'agressivité, des comportements de provocation, impulsifs, vécus comme manipulateurs par l'entourage, ou liés à une recherche d'attention, en plus des symptômes classiques retrouvés lors d'épisodes maniaques dans la population générale ; et pour l'état dépressif, des comportements liés à une irritabilité, des colères, des comportements auto ou hétéroagressifs et un retrait fréquemment retrouvés en plus des symptômes classiques de dépression. Compte tenu de ces spécificités sémiologiques, différentes échelles pour l'évaluation de la comorbidité psychiatrique du retard mental ont été proposées mais, actuellement, aucune ne fait l'objet d'une utilisation généralisée. Enfin, en ce qui concerne la prise en charge thérapeutique, certaines études montrent que 30 à 50% des patients souffrant de retard mental reçoivent un traitement psychotrope et que les neuroleptiques sont les traitements les plus fréquemment utilisés dans cette population. Il parait donc essentiel de poser un diagnostic précis afin que soient prescrits les traitements spécifiques de la pathologie responsable des troubles observés, plutôt qu'un traitement neuroleptique mal approprié et potentiellement responsable de multiples effets secondaires. En effet, bien que les données concernant le traitement du trouble bipolaire chez les personnes déficientes intellectuelles adultes soient rares, il apparaît qu'actuellement, il n'y a pas de contre-indication à l'utilisation chez ces patients des différentes thérapeutiques dont on dispose pour le traitement du trouble bipolaire dans la population générale (thymorégulateurs, neuroleptiques, antidépresseurs, électroconvulsivothérapie). Il se dégage des différentes études que l'utilisation des antidépresseurs et de l'électroconvulsivothérapie a montré son efficacité et qu'en traitement préventif, les traitements par lithium, dérivé valproïque, carbamazépine peuvent donner de bons résultats. Toutefois, les données sur la tolérance et l'efficacité de ces traitements sont limitées dans la population de patients atteints de retard mental et les études effectuées portent sur de petits échantillons de patients ou des cas cliniques isolés. Ces résultats restent donc à confirmer. Chez l'enfant, le manque de données doit inciter à la plus grande prudence

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